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4 octobre 2007 4 04 /10 /octobre /2007 13:08

La bâtarde d’Istanbul

Genre littéraire : "Almodovar"

 

b--tarde-d-istanbul.jpgElif Shafak ne dira rien de la condamnation qui a failli l’atteindre conformément au fameux article 301 du code pénal turc (qui décide de qui insulte l’identité turc et le punit en conséquence). Elle ne dira rien non plus du drame qui sous-tend son roman, cette mémoire que certains peinent toujours à qualifier par son nom. Elle n’est pas Orhan Pamuk, et elle n’a pas à expliquer ce qui a déjà été écrit. Car tout est écrit dans son livre. Noir sur blanc. Clairement, longuement, crument. Non pas l’horreur, mais la mémoire et l’impact qu’elle a sur les jeunes, arméniens ou turcs, sur leur façon de voir le monde, l’avenir, leur place dans le cours du temps.

 

Car Elif Shafak n’est pas Orhan Pamuk, qui la qualifie pourtant de « plus grande écrivaine turque de ces dix dernières années » (alors que c’est lui). Elle n’a pas le souci des grandes œuvres élaborées, complexes, où on suggère les choses et les soupèse, où on digère à force d’introspection. Elle n’a pas le souci de l’écrivain : elle a le souci du conteur.

 

Son roman – tressautant, vivant, sensible, léger, où l’émotion affleure au bord et où on trempe les lèvres avec bonheur – et si transparent qu’il déborde de lui-même lorsqu’on le lit. Surtout lorsqu’on est arménien… A chaque page, il y a quelques chose qui se rappelle à nous ; un geste, une façon de faire, une expression, un plat, une odeur qui nous ramène à notre propre expérience, et ces retrouvailles jubilatoires nous raccrochent à la petite histoire avec l’engouement de l’héroïne arménienne en quête de ses origines qu’on va accompagner jusqu’à Istanbul (où nous n’osions pas nous-mêmes aller jusqu’alors, mais où tout nous porte à présent).

 

Ce livre est l’anti-Araz Artinian (voir http://dartag.over-blog.com/article-3527253.html), puisqu’elle ne jette pas les obsessions les unes contre les autres, mais les déchoque subtilement sur le fil d’une belle histoire. Une belle histoire qui vaut mieux que la plus dispendieuse des quêtes - et qui a le mérite de bien plus se frotter à la réalité que la réalité elle-même.  

  clip-image002.jpgIl y aura toujours des Turcs (et parfois aussi des Arméniens) qui prendront le livre pour y trouver ce qui va et ne va pas pour « eux ». Mais ils n’y trouveront rien à redire : car la fiction – et particulièrement elle - a la faculté de dérouter la réalité et de nous dire autre chose tout en nous ramenant subtilement à nous.

 

Reste l’Histoire, la peinture qui tache de la Turquie d’aujourd’hui, expressionniste, avec ses femmes qui avortent sous le son du muezzin, ses mères qui vivent sans hommes, son café de l’ennui où l’intelligentsia stambouliote se renifle et s’ébroue, mais aussi ce cyberforum arménien où quelques échantillons représentatifs de notre communauté (dont une lesbienne) épiloguent sur l’Histoire et la mémoire avec l’héroïne Arménouche…

publié dans "Haïastan"

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26 janvier 2007 5 26 /01 /janvier /2007 16:13

Son dernier livre, Neige, lui avait valu de nombreux prix littéraires en France et en Europe. Depuis, il a défrayé la chronique en levant le tabou du génocide arménien en Turquie et en plaidant la cause kurde… Avant de devenir le premier auteur turc prix Nobel de littérature.

Nous avons tenu à lui rendre hommage de la façon la plus juste possible : en critiquant son dernier chef d’œuvre. Une critique sous un angle résolument subjectif…

 

 

 

 

 

 

17 janvier 2006 : J’achève la lecture du livre d’Orhan Pamuk, et il se met à neiger.

Si, comme l’a écrit le poète de l’histoire, Kars est le bout du monde, le monde, lui, est un bout de Kars – me dit la neige.

Sa lecture me fut laborieuse. L’écriture de la traduction française, pesante, dont la seule unité artistique réside dans son manque de style, laisse l’impression de souvenirs vierges ramassés en histoire. Pourtant, l’attraction du livre, au fil des pages, est indéniable : c’est l’histoire qui tire le texte ; et nous avec.

Dans nombre de romans où une ville devient partie prenante de l’intrigue, c’est en tant que personnage à part entière qui vit par-delà le décor représenté. Ici, Kars est bien un personnage central de l’intrigue, mais c’est un personnage mort. La ville, enterrée dans la neige, n’est décrite qu’en défunt cadavre de mondes qui ne sont plus, empilés par strates, telle une neige oubliée- vierges. Cette absence sensible a une présence physique, comme une carcasse vidée de ses tripes. Déterminante, elle s’apparente à celle du style : la ville et les mots vides ne sont plus que les supports d’une vie qui les a déserté. Discordance révélatrice du désaccord du corps avec la vie.

Toute l’action relatée y atteint en conséquence une dimension surréelle ; jusqu’aux motivations paradoxales des personnages, mues par des inspirations soudaines qu’embourbent des atermoiements réfléchis (politiques, religieux, sociaux) dont la résonance actuelle jure avec le monde dépassé où tout se joue.

Kars est une racine sans tronc où de multitudes d’étrangers refont le monde. Et, le temps d’une tempête de neige, ce bout du monde se met en scène sous forme de Turquie miniature, entrechoquant entre elles chacune des composantes de ce peuple jeune, sans racines, aux prises avec la tension que lui procure son obstination à se caractériser ( nationaliste ? occidental ? islamiste ? européen ?)... Et à laquelle seul le poète, plein de cette identité individuelle propre à son art, ne souscrit pas.

[publié dans Haïastan de déc-janv, bimensuel arménien]

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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 10:35

De Delerm à Benabar, en passant par Souchon, qui lui a rendu hommage dans son dernier album... Ce que la Nouvelle chanson française doit à Sagan.

 

 

 

 

 

 

En France, la littérature est faite en prétention de cause, avec, pour but omniscient, l’aveu délicieux de perpétuer un art qu’on a fait sien. L’auteur doit être le premier à croire à son art, pour que sa conviction transpire à travers les pores de ses bonnes feuilles et remporte l’adhésion de ceux qui élèvent les oeuvres au-dessus du public - pour ne pas dire, parfois, par-dessus les foules.

Françoise Sagan, elle, est partie sans solder ses comptes. Son écriture ne s’est jamais faite dans la prétention du public, mais s’est bornée à en être le délice. En léger contrepoint avec son époque littéraire, faite de mouvements en –iste et de grandes théories, son oeuvre ne pouvait retentir face aux monuments de masturbation triomphante qu’ont été les édifices philosophiques élevés par un Sartre ou un Robbe-Grillet.

L’écrit étant un monde à un seul prisme, on ne peut lui reprocher ses oeillères, qui, par l’étroitesse de ses vues, ne laisse se ménager une place qu’à un mouvement littéraire par époque, laissant aux atypiques le soin de se consumer en vain à la marge...

Bernanos ou Gary s’étaient-ils trompés d’époque ? Non, c’était l’époque qui ne pouvait les contenir en même temps que les existentialistes et les athées de la grande époque des utopies (mal) réalisées.

Sagan, dans une bien moindre mesure, n’est redevable qu’à ses lecteurs de n’avoir pas été effeuillée aussi vite que ses livres, ainsi dépourvue du socle de la profession.

Et pourtant, héritage il y a eu, puisque, bien malgré elle, par-delà les nimbes littéraires, elle subsiste dans un genre qui était étranger à son art mais dont elle était déjà complice, amie de Barbara et Greco : elle est l’une des marraines de la nouvelle chanson française.

Son écriture est leur musique, son univers : leurs paroles.

Elle qui, loin des symphonies Joyciennes de la nouvelle vague (et de son équivalent littéraire, le nouveau roman), écrivait d’une seule note, tendait son livre dans un seul son, tenu comme on tient sa voix, pleine d’une vibration entière...

Les chansons d’aujourd’hui sont issues de cette note : n’ayant cure des trémolos enamourés des violons dégringolant sur un solo de piano,  elles se suffisent en un accord calqué sur une voix, s’il est celui qui les résume vraiment : le tout consistant à écrire la chanson sur cet accord ; pour qu’un univers, jusqu’alors suggéré par le son, s’en extraie.

Il est étonnant de voir comme les différents arts se répondent : le déstructuralisme de la pensée se répercutait dans la radicalisation du rock comme dans l’abstraction absolue, le romantisme s’épanchait en symphonies de couleurs, de notes ou d’alexandrins...

Aujourd’hui, c’est au tour de cette petite note de se frayer un chemin depuis l’émotion où elle est née jusqu’à la chanson française pour se partager, dans ses différentes expressions possibles, vers la sensibilité des êtres qui s’y prêtent.

 

 

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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 10:24

Le dernier siècle a eu son génie littéraire en Bernanos. Et pourtant, il aura fallut que ce soit le hasard qui me décide à emprunter "Sous le Soleil de Satan", poussé par le vague souvenir d'un film qui fit scandale cela fait quelques années à Cannes, pour que je m'en rendisse compte; puisque aucun prof ni aucun programme ne m’avait jamais cité sa prose au gré du cheminement littéraire de mes études. Peut-être était-ce par appréhension laïque?...

 

 

Bref. Mon propos n'est pas là.

 

 

Qu'on soit croyant ou non (ce qui n’est pas vraiment mon cas), je pense que l'écriture hallucinée de cet explorateur d'âmes baigné dans la Grâce ne peut laisser indifférant. Lorsque d'autres écrivains enfouissent quelques phrases promises à la postérité dans un amas de plates description mouvantes ou immobiles, lui a l'air de vouloir remplir au ras ses livres d'un débordement de ses émotions au sein de ces personnages uniques qui aiguillonnent ses récit de leurs pas et de leurs états d'âme. Lorsqu'il soulève le coeur en atteignant une force inégalée dans la musique des sentiments dont chacune des différentes cordes semblent entre ses doigts innombrables, lorsqu'il construit, à force d'intériorité, des scènes surréelles où on se sent possédé par la souffrance et l'accablement de ses créatures face au monde, lorsqu'il dénonce, en témoin, sans jugement aucun: « L'enfer, c'est de ne plus aimer. »...

S'il avait fait de Dieu une femme, on aurait dit de lui qu'il n'y eut pas plus amoureux par delà le dernier siècle, le romantisme ayant tôt fait de le déserter (et cela malgré les vains efforts d'Aragon et d'Eluard, qui lui offrirent un ultime hommage à défaut de le faire revivre).

Malraux dit de lui qu'il fût l'écrivain du siècle, et ne se trompa pas.

Aujourd'hui, le souffle qui caractérisa ceux qui croyaient en l'Homme ou/et ceux qui croyaient en Dieu n'est plus (les deux pouvant être un seul et même amour, je l'ignore, puisque je fais partie des incroyants). Le nihilisme l'a emporté sur ce besoin pressant de dire ce qui est pour qu'il ne soit plus ou qu'il se réalise enfin.

Les Zola, Dostoïevski, Bernanos sont morts pour ne laisser, sur le front dégarnit de l'ambition littéraire, que des Sollers, des Sartre, ou d’autres remueurs de mots, fades et indigestes, dont le geste presque masturbatoire, s’il arrive à porter une pensée, ne s’encombre plus de sentiments; comme si la jouissance pouvait survenir dans les mouvements mécaniques du jaillissement désordonné des mots.

 

 

 

 

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