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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 10:35

De Delerm à Benabar, en passant par Souchon, qui lui a rendu hommage dans son dernier album... Ce que la Nouvelle chanson française doit à Sagan.

 

 

 

 

 

 

En France, la littérature est faite en prétention de cause, avec, pour but omniscient, l’aveu délicieux de perpétuer un art qu’on a fait sien. L’auteur doit être le premier à croire à son art, pour que sa conviction transpire à travers les pores de ses bonnes feuilles et remporte l’adhésion de ceux qui élèvent les oeuvres au-dessus du public - pour ne pas dire, parfois, par-dessus les foules.

Françoise Sagan, elle, est partie sans solder ses comptes. Son écriture ne s’est jamais faite dans la prétention du public, mais s’est bornée à en être le délice. En léger contrepoint avec son époque littéraire, faite de mouvements en –iste et de grandes théories, son oeuvre ne pouvait retentir face aux monuments de masturbation triomphante qu’ont été les édifices philosophiques élevés par un Sartre ou un Robbe-Grillet.

L’écrit étant un monde à un seul prisme, on ne peut lui reprocher ses oeillères, qui, par l’étroitesse de ses vues, ne laisse se ménager une place qu’à un mouvement littéraire par époque, laissant aux atypiques le soin de se consumer en vain à la marge...

Bernanos ou Gary s’étaient-ils trompés d’époque ? Non, c’était l’époque qui ne pouvait les contenir en même temps que les existentialistes et les athées de la grande époque des utopies (mal) réalisées.

Sagan, dans une bien moindre mesure, n’est redevable qu’à ses lecteurs de n’avoir pas été effeuillée aussi vite que ses livres, ainsi dépourvue du socle de la profession.

Et pourtant, héritage il y a eu, puisque, bien malgré elle, par-delà les nimbes littéraires, elle subsiste dans un genre qui était étranger à son art mais dont elle était déjà complice, amie de Barbara et Greco : elle est l’une des marraines de la nouvelle chanson française.

Son écriture est leur musique, son univers : leurs paroles.

Elle qui, loin des symphonies Joyciennes de la nouvelle vague (et de son équivalent littéraire, le nouveau roman), écrivait d’une seule note, tendait son livre dans un seul son, tenu comme on tient sa voix, pleine d’une vibration entière...

Les chansons d’aujourd’hui sont issues de cette note : n’ayant cure des trémolos enamourés des violons dégringolant sur un solo de piano,  elles se suffisent en un accord calqué sur une voix, s’il est celui qui les résume vraiment : le tout consistant à écrire la chanson sur cet accord ; pour qu’un univers, jusqu’alors suggéré par le son, s’en extraie.

Il est étonnant de voir comme les différents arts se répondent : le déstructuralisme de la pensée se répercutait dans la radicalisation du rock comme dans l’abstraction absolue, le romantisme s’épanchait en symphonies de couleurs, de notes ou d’alexandrins...

Aujourd’hui, c’est au tour de cette petite note de se frayer un chemin depuis l’émotion où elle est née jusqu’à la chanson française pour se partager, dans ses différentes expressions possibles, vers la sensibilité des êtres qui s’y prêtent.

 

 

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Published by Dartag - dans Livres
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