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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 12:53

Peut-on représenter le génocide des arméniens au cinéma?

 

 

 

Représenter le génocide. « Ararat », d’Atom Egoyan, ne s’y était pas résolu, posant en abîme la question de la mémoire du génocide et de l’incapacité du cinéaste à représenter le « crime absolu » de façon brute.

Certains se souviennent sûrement du personnage du réalisateur arménien joué par Charles Aznavour qui, tentant de faire du génocide un film, l’avait tourné en un horrible spectacle où le traumatisme virait au pathétique…

Ce qui n’avait pas plu dans « Ararat »  était précisément cette morale iconoclaste que sous tendait l’histoire sous ses airs de film taiseux et hermétique : posant la question du film sur le génocide pour y répondre par un constat d’échec consternant, il faisait dire en substance qu’il était impossible d’y parvenir. Atom Egoyan, défaitiste, avait alors non seulement baissé les bras – ce que certains arméniens ne lui pardonnèrent pas ; mais il avait surtout, par son film, balayé d’un revers de manche la simple idée qu’un film pareil puisse aboutir sur le champ artistique – circonstance aggravante pour ces même arméniens qu’il délaissait ainsi dans une fatalité décrétée en principe.

Ce film, désormais, est une réalité grâce aux frères Taviani. Et pour ceux qui, comme moi, redoutions – et désirions dans un même temps – affronter l’épreuve par l’image… Et pour les autres.

 

 

« Le mas des alouettes » est d’abord ce qu’en disent les frères Taviani en guise de justification : une fiction romancée, projetée dans des cinémas anonymes comme un film quelconque, sans cellule psychologique à la sortie. Une histoire qui n’a pas grand-chose de vraie bien qu’étant partie d’une autre qui ne l’est que trop. Le tout étant de s’en convaincre…

Il faut dire que nous sommes, en tant qu’arméniens, mal placés pour juger de l’œuvre, si ce n’est à l’aune de l’évènement qu’il décrit et cette distanciation nécessaire qui est faite entre l’histoire et l’Histoire.

Non pas une distanciation sur le fond, tant il serait ardu de mettre en scène le roman d’Arslan en s’écartant de la base historique qui la sous-tend avec l’insistance qu’on sait ; mais une distanciation dans la forme.

Le jeu des personnages est la première variable mise en balance à cette fin : il est appuyé, souligne le caractère oriental et gestuel des personnages, ne s’encombre pas de nuances d’expressions mais affirme au contraire celles qui prévalent dans chaque scène.

Le début est d’ailleurs déroutant, tant chaque habitant du mas ensommeillé tient la pose. Le bonheur du ménage, l’amour interdit, la trahison, le caractère du patriarche, les mondanités : le décor du drame à venir est mis à plat avec emphase et démonstration et donne un niveau de jeu qui permettra de prendre la mesure du génocide.

Un film de « l’ordinaire » qui aurait été ébranlé par le tsunami émotionnel du génocide servi en pleine face du spectateur aurait demandé beaucoup de talent (et plus de temps) pour ne pas tomber dans le déséquilibre des émotions et scinder le film en parties inégales.

C’est pourquoi cette théâtralisation des personnages, mais aussi de la photo, des costumes ou des décors (le Mas superbement reconstitué dans le creux s’un roc en Bulgarie) permet de baliser la mise en scène du drame à venir : l’image stylisée de la vision d’horreur du vieux grand-père mourant, celle de la matriarche hissée sur son fauteuil par les soldats, celle de l’enfant qui glisse de sous la table… Sont autant de repères esthétiques qui préfigurent le théâtre de l’inconcevable, permettant ainsi au génocide de se montrer sans concessions sans sombrer dans l’écueil du pathétique prédit par Egoyan.

 

Reste l’œuvre en elle-même ; car le film a une qualité indéniable : portée par l’intrigue, elle ne s’essouffle pas.  Mais il faut aussi reconnaître qu’elle ne se pose pas non plus dans l’histoire, ne s’encombre pas des détails et, trop occupée à canaliser le choc, ne s’attarde pas sur l’épaisseur des personnages, se pressant de leur donner un relief et de les placer dans l’intrigue sans leur offrir le temps du détail ; à l’image des histoires d’amour de l’héroïne expédiées un peu trop prestement…

 

Une scène, en particulier, retient l’attention et souligne ce relatif gâchis : celle du zapatié turc qui, par dépit amoureux, ne veut pas laisser partir l’héroïne : une belle scène, pleine d’une dramatisation subtile et retenue, laissant deviner des trésors de sentiments contrariés d’une part, et de détermination désinhibée de l’autre. Une des meilleures scènes, assurément, de par la quantité de questions qu’elle pose, la lourdeur qui en résulte, l’impression qui nous prend aussi ; donnant au film la dimension d’une œuvre, en faisant d’un rapport à l’autre universel un acte particulièrement fort tenu par la participation du drame que l’on sait en amont.

On aurait voulu qu’une scène comme celle-ci soit appuyée, traînée, disséquée. Que le détail ne soit pas sacrifié par le bulldozer de l’Histoire ; ne laissant que, ça et là, fulgurantes, quelques belles trouvailles scénaristiques qui, visant à énumérer les actes du génocide, n’ont été exploitées que trop prestement.

En tentant (avec succès) de prendre la mesure du génocide, les réalisateurs ont grevé la petite histoire tout en la résumant trop.

Reste, finalement, le fait que les Taviani, en réussissant la gageure de faire un film réussi sur le génocide arménien dans son sens strict et cru, ont fait mentir Atom Egoyan.  

publié dans le Haïastan de sept-oct 2007

 

 

voir aussi dans le blog la critique du film Ararat: "Ararat - Ceci n'est pas un film sur le génocide des arméniens" sur http://dartag.over-blog.com/article-3509670.html

 

 

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2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 17:24

 

 

 

 

La salle de cinéma est une fenêtre palliative sur le monde.

On y entre pour sortir de l’extérieur, et, une fois toute lumière bue par l’écran, on est déjà beaucoup trop loin pour être rattrapé par la réalité (à moins que le film ne nous y oblige).

La force des salles obscures est telle que le fauteuil à clapet est au cinéphile ce qu’un lit grinçant d’hôtel peut être aux amoureux : dans les deux cas, leurs équivalents domestiques (le divan et le lit conjugal) sont voué à demeurer à jamais, et cela malgré tous leurs efforts d’ergonomie ou de sophistication, comme des traîtres plus ou moins vendus à la réalité d’un monde dont ils sont (et dont nous sommes) les objets.

Le temps de quelques heures, assis sur ces fauteuils, nous nous rendons à la "vie des autres" ; tels des agents de la Stasi mis à notre propre compte émotionnel. Etant les spectateurs privilégiés d’un (autre) monde qu’on nous donne à voir. Un monde privé dont nous sommes le "public" (comme se définit lui-même l’agent Wiesler), les acteurs par procuration ; nous substituant dans l’écran qu’on regarde.

Pensant traquer des milieux parallèles crées par des artistes qui subvertissent son pays, l’agent Wiesler se prend petit à petit au jeu d’une autre vie, lui aussi.

Sa position de force, acquise au début par la conviction du réel, devient un leurre au fur et à mesure qu’il plonge dans le film de la vie des autres et s’identifie à eux (s’enthousiasmant d’une autre réussite que la sienne, par exemple).

Plus qu'une faiblesse, cette situation est l'aveu de tout spectateur qui se rend à l'œuvre qu'il regarde: un sentiment...  Ressentit aussi bien par l'agent Wiesler que par moi devant "La vie des autres".

 

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6 janvier 2007 6 06 /01 /janvier /2007 12:51

Faut-il tuer James Bond ? Le fait que Jean Dujardin ait été, dans le drôlissime OSS117, plus proche de l’esprit Bond que l’officiel Casino Royale de l’iconoclaste Daniel Craig signifie-t-il que le héros est mort ? Dilemme cornélien pour un fan comme moi qui ne saurait se rallier à Craig sans renier Connery…

 

 

 

 

 

 

 

Je suis le prototype type du vieux fan de James Bond : ayant vu chacun d’entre eux au moins deux fois, vers l’âge de 12-13 ans pour la plupart ; j’adule Sean Connery, me tâte sur le George Lazenby (bien qu’amoureux de Diana Rigg), ris jaune ou m’amuse (selon les opus) pendant les Roger Moore, conspue les Timothy Dalton, estime plus ou moins les Pierce Brosnan (surtout son Goldeneye, qui restera dans la légende comme la gente chromée de la roue de secours qui avait permise à Bond de se remettre en selle), et place en haut de pile (et dans l’ordre) « On ne vit que deux fois », « Bons baisers de Russie » et « Goldfinger ». Je suis, ce qui ne gâche rien, un inconditionnel de Remington Steele et de Chapeau melon et bottes de cuir (étant le seul mec de 20 ans à veiller jusqu’à minuit pour suivre John Steed et Emma Peele sur TVbreizh, la chaîne de toutes les bonnes maisons de retraite), et ma seule lacune est de n’avoir jamais osé regarder « Jamais plus jamais », le pastiche tardif d’un Sean Connery sur le retour (par peur d’égratigner le mythe)…

A un tel point que je considère l’agent secret "so british" comme le précurseur de ce cinéma d'action américain qui a fait l’ère du blockbuster il y a bien longtemps maintenant…

 

Souvenez-vous : Hollywood avait alors ses acteurs fétiches, ses séries mythiques, ses codes particuliers. La mode en était encore aux courses poursuites infernales, aux méchants charismatiques, aux héros réchappés de tout (avec ou sans égratignures), aux blondes en détresse et à un certain humour à explosion, assené entre deux détonations bien senties.

Aujourd’hui, il ne reste de tout ça que quelques trop rares réalisateurs (Michael Mann, Steven Soderbergh, …) qui, pas bêtes, se sont réappropriés le genre au singulier pour pas être entraînés dans le déclin du genre... Ainsi qu’un film, culte, " Le Saint" de Val Kilmer, un bide commercial qui est accessoirement le premier (et dernier) faux James Bond que moi et mon frère avions jusqu’à présent vu (et aimé) dans les salles obscures… Avant Casino Royale.

Casino Royale : deux ans avant sa sortie, le minois nerveux et blond de Daniel Craig avait mis en branle la cabale des fans, horrifiés de voir un physique aussi inapte au costard reprendre leur héros. Les premiers échos du tournage faisaient état, eux aussi, d’infos alarmantes : les cascades se révélaient éprouvantes, Craig s’était blessé, certaines photos du film le montraient barbouillé de suie et de sang dans une chemisette sale et déchirée tout juste digne d’un transfuge raté de la CIA des années 80 sur fond d’explosion ramboesque : l’hémoglobine semblait s’imposer comme un personnage à part entière dans un film qu’on disait plus violent que tous les autres.

Quid du flegmatique agent secret immaculé, du grand brun viril et poilu, des meurtres ne nécessitant pas de pressing ? Quid de l’alter ego anglais d’OSS 117, qui venait de renouveler avantageusement un ratage français des années 60 sur le même thème en en devenant le film le plus drôle de l’année ?

 

Je n’ai pas eu confiance, alors je suis allé voir. Presque religieusement, je me suis assis, seul, dans un cinéma bondé. J’allais enfin voir un James Bond au cinéma… Ou assister à sa mort programmée.

Etait-ce un James Bond ? Je ne sais pas. Peut-être le nouveau James Bond, "celui du 21ème siècle" (sic.)… Un James Bond brut et violent au début, sans états d’âme, sans fioriture, sans élégance de circonstance. Un James Bond amoureux et faible à la fin, sentimental et brisé. Deux images antagonistes et pourtant aux antipodes de notre héros classique. Mais deux images crédibles, parce que l’intrigue le permettait et que l’acteur était bon.

On assistait donc à la genèse du héros transfiguré. Parce que Bond avait été un homme, et ce film allait nous le démontrer. Nous expliquant ensuite le pourquoi du James Bond froid et distancié qu’on connaît tous, tuant et couchant proprement et sans états d’âme mal placé (ce qui, dans les deux cas, est irréalisable dans la vraie vie).

Casino Royale : le premier des romans de Ian Fleming pour le dernier film d’un héros qui n’avait jamais été aussi éloigné du mythe ; ni aussi proche du personnage de romans que personne n’a jamais lu.

Pourtant, aucune des critiques faites au film n’étaient en fin de compte injustifiées ! Le nouveau ne tenait pas beaucoup à son costard qui le lui rendait bien, sortait de l’eau dans un corps bodybuildé et inesthétique, se faisait torturer, entièrement nu et impuissant, à coup de gourdin dans les testicules… Mais était-ce bien des critiques ?

 

Le film est depuis devenu le plus grand succès de la série, et avec raison. Martin Campbell, vétéran de la résurrection de James Bond avec Goldeneye (suite aux désastreux Timothy Dalton), à refait des siennes en remettant sur selle une franchise en papier trop glacé, presque dix ans après son premier sauvetage.

James Bond est-il pour autant immortel ? Qui sait… Comme le dit le titre du meilleur opus de la série : "On ne vit que deux fois"! A charge, pour les scénaristes des prochains, de ne pas nous user celui-là.

 

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1 janvier 2007 1 01 /01 /janvier /2007 19:39

LE MECANO DE LA GENERAL

(THE GENERAL)

de Buster Keaton et Clyde Bruckman
USA, 1926, 1h17, muet

Avec Buster Keaton, Marian Mack, Glen Cavender, Jim Farley, Frederick Vroom, Charles Smith

Le mécano Johnnie Gray a deux amours : Annabelle Lee, sa fiancée et une locomotive du type "The General". Lorsque la guerre de Sécession éclate, Johnnie veut s'engager mais l'autorité militaire estime qu'il sera plus utile à la cause sudiste. Le prenant pour un lâche, Annabelle refuse de le revoir.

Un visage cireux de clown triste, un masque humain projeté dans les soubresauts humains de la guerre, un homme voulant être un homme comme les autres pour être accepté par sa bien aimée : c'est ce personnage qui, de l'aveu même du cousin oublié de la famille Chaplin, lui donna son meilleur rôle.

En chevalier des temps modernes monté sur son cheval de fer, le cheminot Keaton part en guerre contre tous ceux qui lui volent sa condition de héros, dans une farce au nihilisme intact où des évènements qu'il ne dirige pas mais qui le mettent dans les états les plus délirants tout en lui donnant le privilège de la surprise sur les autres l'amèneront avec une bienveillance versatile vers une fin heureuse de "malgré lui".  

La puissance du film, comparé à d'autres grands muets, tient par le tracé d'une intrigue réaliste en diable (ce qui est assez rare pour être souligné), mettant le spectateur au coeur d'une histoire à laquelle on le fait croire à chaque image, chaque péripétie, comme si chacune des acrobaties de Johnnie Gray avaient pu avoir réellement eu lieu. D'autant plus que le corps de Keaton, dont l'expression physique confine au génie, joue parfaitement les émotions du personnage impassible : l'immobilité simiesque de son fameux visage légèrement triste et étonné n'en est alors, par opposition, que plus ironique.

Restauré par MK2 en 2004, la mise en musique du ce film exemplaire a été confiée au compositeur japonais Joe Hisaishi, le magicien des films de Takeshi Kitano et de Miyazaki. Et, pour une fois, le choix de MK2 s'est révélé judicieux : celui, luxueux, du meilleur faiseur de musiques de film du moment, fort de son expérience des chefs d'oeuvre animés japonais qui s'apparentent à leurs aînés muets de par l'expressionnisme dont le trait de Miyazaki parvient à doter les mouvements de ses personnages en papier, permet de reconnaître la patte du musicien par un reflexe d'enfant, donnant une proximité nouvelle à un film vieux de 80 ans.  

 

 

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21 novembre 2006 2 21 /11 /novembre /2006 09:58

Depuis début août, Serge Avédikian est revenu dans la ville qui l’a vu naître : Erevan. Artiste français, il compte faire revivre un art mûrit en France dans la configuration exclusive que lui prête l’Arménie. Avec, pour toile de fond, les promesses suggérées par l’année de l’Arménie en France.

« RETOURNER » : un voyage à contresens de l’exil

Outre la pièce de théâtre qu’il a entreprit de monter avec une troupe de professionnels d’Arménie (voir ci-dessous), Serge Avédikian est aussi venu accompagner la sortie du film de Guédigian, « Le Voyage en Arménie », sur les écrans du Kino Moskva, ainsi que celui de son nouveau film, « Retourner », un documentaire qui retrace, sur vingt ans, le cheminement personnel du descendant qu’il est vers le village de Sölöz d’où ont fuit ses grands parents à l’issue du génocide, et sa rencontre avec ceux qui ont pris leur place. Allant au-delà de l’obsession génocidaire des diasporiques, il déterre les traces encore visibles du village arménien, se remémore les descriptions des paysages et de la vie d’alors à travers les mots de l’écrivain arménien Hagop Ochagan, un enfant du pays… Et, surtout, noue un dialogue d’égal à égal avec les occupants actuels du « Yeni Sölöz », littéralement « Nouveau Sölöz »,  tant et si bien que le film est aussi celui des habitants actuels du village, parties prenantes des efforts effectués pour retrouver l’arménien qui les a précédé. Si aucun d’eux n’accepte de dire le mot génocide, faisant de la négation du caractère de la disparition un principe sine qua non à leur présence à Sölöz, beaucoup d’entre eux, à l’image du jeune boulanger qui espère ouvrir un musée pour exposer les pierres sauvées par le vieux médecin du village, accompagnent avec bienveillance l’effort de Serge Avédikian pour retrouver un peu de ses ancêtres.

Un film sur le cheminement personnel en 3 voyages (1987, 2001, 2003) d’un homme accompli en quête de restes, s’achevant sur l’image symbolique d’un match de foot improvisé entre l’ancien Sölöz et le Yeni Sölöz, entre le cinéaste et les enfants du village, et par les paroles de cette petite fille turque qui se souvient : « mes grands parents m’ont dit… », comme en écho à la phrase qui a ramené l’enfant arménien dans ce village perdu de Turquie.

[publié dans NAM de nov 2006]

 

 

                                   pour plus d'infos voir sur http://www.serge-avedikian.com/

 

Après avoir été projeté en Arménie, où il a entre autre eu pour conséquence d’alimenter le débat sur le souhait de plus en plus prégnant de certains arméniens d’Arménie d’ouvrir leurs frontières avec la Turquie, le film Retourner sera projeté :

En fin octobre au festival de Montpellier

 

Le 26 novembre à La Villette dans le cadre du festival Mémoires arméniennes parrainée par le CRDA

Le 30 novembre à la cinémathèque de Grenoble

 

Le 1er décembre à Romans

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22 août 2006 2 22 /08 /août /2006 20:40

ARM – 1925– 35 mm – 1/1.37 – N & B – 74 min env.

Adapté d’un drame de Chirvanzadé, ce film muet de Hamo Beg Nazarian  est  le premier chef d'oeuvre du cinéma arménien (et son premier succès). L'intrigue se déroule dans la petite bourgeoisie arménienne de 1900, en milieu rural, et relate une histoire d'amour tragique en but aux archaïsmes et aux codes d’honneurs. Les arméniens d’Arménie le qualifient (pour rire) de premier film érotique arménien.

 

 

 

 

 

L'Honneur des hommes est la fatalité des femmes.

Une morale en forme d'épitaphe, aux pieds de l'histoire, avec Sousanna pour tombeau: le premier film arménien fut dédié à la condition de la femme... Quel symbole!

Dans une Arménie reprise par les soviets, où le monde ancien des Giours s'apprêtait à troquer ses chaumières désormais vides pour les bétons mornes d'une vie sans teint, ce film fut le témoin de la réminiscence d'un présent anachronique que les hommes cultivaient encore : que le monde change, et l'homme restera; à croire que l'éternité s'est trompée de camp. 

Soussana fut tour à tour objet de désir, de haine, d'amour, de convoitise, de commerce. Et d'Honneur... 

 

Or qui, parmi les personnages du film,  a-t-il, mieux que cet objet, atteint autant d'états humains, de sentiments contrariés, ainsi soumis à s'abîmer l'âme contre le souffle cinglant des hommes? La minuscule qu'a l'homme soustrait de l'Homme ne tient pas au seul hasard des mots.

Car au delà des ombres projetées sur la toile de ce film, il y a là une réalité palpable au-delà de tout son que ce cri muet restitue aujourd’hui intact.

 

 

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12 août 2006 6 12 /08 /août /2006 23:33

À la tête d’une équipe formée d’amis de longue date, Neil (De Niro) attaque un fourgon blindé et s’empare d’une somme importante en obligations. Toutefois, le  nouveau de l’équipe perd son sang-froid et abat les trois convoyeurs. Neil décide de se débarrasser de ce complice peu fiable, mais celui-ci réussit à s’échapper avant d’être exécuté.

S’ensuit un face à face haletant, dans les rues froides de la Los Angeles nocturne, entre un policier intègre obnubilé par son boulot (Al Pacino) et Neil, acculé à son travail de l’ombre, tous deux tentant sauver dans un même temps leur vie privée respective… Jusqu’au face à face final, prévisible, qui décidera de qui aura le dessus sur l’autre.

Le seul film réunissant Al Pacino et Robert De Niro,réalisé par le maître du maître du genre, Michael Mann.

 

Pourquoi s'attarder sur les états d'âmes lorsqu'il suffit de contempler l'immoral fracas des hommes comme une danse macabre qu'aucune absolution, fut-elle femme, ne supprime?

On ne nous attend pas au bord du précipice, le temps semble trop court pour que la didactique prime sur l’histoire. Le seul parti pris se fait dans la suite des pas qui poursuivent leurs empreintes, où se reflète un sang qui ne nous atteint pas.

Dans le reflet de leurs moitiés perdues, c’est leurs crimes qu’ils retrouvent, comme un pendant cruel à leur désir d’aimer.

L’un et l’autre dérivent, ensemble, vers la même fatalité ; et pour nous, spectateurs, que le cadre a happé hors du décor face aux deux assassins, rien d’autre ne compte plus que l’espoir dilettante qu’ils se déshantent.

Car de ces caractères dépend toute l’essence du déroulement de l’intrigue, par delà les actions qui les ponctuent dans l’instant même des actes, car la facture sublime de la froide métropole où tout le drame s’incruste est tel un écrin sombre où plusieurs êtres se consument dans leur fatalité…

Jusqu’à ce que chacun d’eux épargne sa part d’humain, dans un geste d’abandon qui lui en rend un peu, faisant mentir le film, qui, d’implacable, s’est fait sensible.

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12 août 2006 6 12 /08 /août /2006 21:50

Manuela vit seule avec son fils de dix-sept ans, Esteban. Le soir de son anniversaire, ils vont au théâtre voir "Un tramway nommé Désir" où une actrice qu'ils adorent, Huma Rojo, tient le rôle de Blanche DuBois. À la sortie, alors qu'ils attendent pour demander un autographe, Huma monte dans un taxi : Esteban se précipite mais est renversé par une voiture. Manuela, effondrée, décide de quitter Madrid pour Barcelone, qu'elle a quitté dix-sept ans plus tôt, enceinte, et d'y retrouver la trace du père du garçon.

 

Elle y retrouve Agrado, une de ses plus vieilles amies, prostituée transsexuelle au grand cœur. Pour lui procurer un emploi, Agrado lui fait rencontrer Sœur Rosa, une jeune religieuse qui s'occupe des prostituées et des travestis. Une affiche lui signalant qu'"Un tramway nommé Désir" est en tournée à Barcelone, Manuela décide de s'y rendre. À l'issue de la représentation, elle se rend alors dans la loge de Huma. Celle-ci est désespérée de la fuite de sa maîtresse et partenaire, Nina, et les deux femmes se mettent à sa recherche : elles la retrouvent en compagnie d'un dealer... 

 

 

Il y avait un fils. Un mari. Un amant. Un père. Un garçon.

Ce sont ceux qui ont défait la trame où se sont enfoncées ces femmes ; et c’est leur absence qui les hantera de la première à la dernière minute, rendant, à celle-ci, l’hommage qui leur est dû avec l’élégance d’un art qui ne leur renie rien.

Toutes ont une raison de courir derrière une douleur, celle que leur a laissé l’autre sexe.

Elles tentent de s’en départir, mais elle fait partie de leurs êtres meurtris, et leur seule volonté, fataliste, face à une force occulte et opposée qui les a acculé à la souffrance, est d’en faire leur fardeau, cachant dans leur sein toutes les misères d’un monde qui n’est pas le leur, puisqu’elles ne l’ont pas défaites, mais subies.

Malgré cela, ces entités singulières, dont les meurtrissures, par la faute d’un autre, ont guidé les cheminements vers cette chambre meublée de Barcelone, vont souffler les morceaux qui leur restent, pour que se recollent les bouts déchiquetés de papiers qui, pourtant, ne se correspondaient pas.

La légèreté et le détachement qu’elles s’appliquent à cultiver malgré le poids qu’elles portent est de l’humilité tranquille des taches dont on ne se cache pas ; mais presque.

 

 

A croire qu’elles portent jusqu’aux remords des hommes, dont elles sont devenues la repentance.

 

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11 août 2006 5 11 /08 /août /2006 13:55

Un artiste, Ashile Gorki,  tente de peindre le portrait de sa mère. Un metteur en scène veut réaliser le film de sa vie sur le génocide de son peuple. Un acteur turc endosse le rôle d'un méchant sans en mesurer les conséquences. Un jeune homme tente de passer la douane avec des images pour le même film. Une jeune femme veut comprendre comment son père a disparu. Une conférencière se sert de la grande Histoire pour oublier la sienne. Une seule histoire les réunit : celle de l'Arménie.

 

Certains d’entre vous ont accueilli les critiques tièdes des journaux français vis-à-vis d’Ararat avec incompréhension et désarroi. Lorsque des critiques de revues arméniennes étaient occupées à encenser ce film en en soulignant l’universalité du propos et l’accessibilité du message, les critiques français ne percevaient de ce film que la volonté du questionnement qui le caractérise, sans, toutefois, d’après eux, y avoir trouvé des réponses satisfaisantes. Il y a une réponse simple à ce contraste d’appréciation entre arméniens et français : c’est que, involontairement, ce film est fait pour les arméniens et non pour le basique critique français emmitouflé dans son écharpe de soie qui va voir le nouveau film d’Egoyan, soigneusement consigné dans son agenda entre un thriller américain et une comédie française.

Pourquoi ? Parce que le film est peuplé de personnages qui ont, comme le spectateur arménien, la mémoire à vif : cette palette de personnages qui évoluent dans le film se posent des questions que le spectateur arménien s’est déjà posé, ils se trompent parfois de réponse comme le spectateur arménien l’a déjà fait dans un pareil cas ou adoptent des attitudes que le spectateur arménien a déjà eu vis-à-vis de certains sujets.

Tous ces personnages, aussi différentes que soient leurs manières d’y répondre ou d’y faire face, le spectateur arménien peut s’y identifier. Ces personnages dialoguent avec lui, lui posent des questions qu’il ne s’est auparavant pas posé mais qui l’interpellent, ou répondent, à leur façon, à des questions que lui se pose depuis longtemps. C’est lorsqu’un film parle avec le spectateur ou l’interpelle qu’il devient utile. Or, le film d’Egoyan n’a pas d’autres prétentions que d’être utile à la compréhension ou à la prise de conscience de certaines choses. C’est ce que n’a pas compris le spectateur français ou une minorité de spectateurs arméniens.

 Ces derniers, allés pour voir le film sur le génocide arménien, rentent déçus, car, n’ayant pas compris le sens du film, ils l’ont surestimé et sont restés sur leur faim. Le sens du film était d’aborder la question de la mémoire du génocide arménien, un génocide sans sépulture, et non le génocide lui-même. En effet, aborder le génocide arménien aujourd’hui aurait été artistiquement suicidaire et potentiellement impossible (à moins d’avoir une approche originale ou très soigneuse de la question) : on ne fait pas de film sur un tel crime sans une grande difficulté ou bien on détourne la difficulté en faisant un documentaire ; c’est d’ailleurs le constat fait par Egoyan à travers le personnage de Saroyan, un cinéaste arménien qui élabore un film sensationnaliste et imagé sur son génocide. De plus, le génocide arménien n’étant pas reconnu, il est inconcevable de faire un film tel que « La liste de Schindler » version arménienne, en oubliant de parler de tout l’aspect de la mémoire bafouée et du déni.

Pour le spectateur français, le problème est autre : c’est un problème de compréhension du film. Il est incapable de comprendre tout le film. En fait, il ne comprend peut-être, des questionnements soulevés par celui-ci, que le stratagème du film dans le film et la frustration psychologique du personnage de la petite amie canadienne de Raffi. Or toute la profondeur de l’œuvre, tournant autour de la question de la mémoire du génocide arménien, réside dans les personnages de Saroyan, de Raffi, de sa mère, et d’Arshile Gorki (le douanier et l’acteur turc n’étant, dans le cadre de ce questionnement, que des révélateurs de certaines questions et réactions qu’ils provoquent sur ces personnages-ci). Ne pouvant s’identifier à ces personnages, le spectateur français ne peut dorénavant pas toucher la profondeur du film et l’apprécier à sa juste valeur : c’est pourquoi, même s’il admet que le questionnement du film est intéressant, il ne peut pas, ne se sentant nullement concerné, y être sensible. 

C’est pourquoi ce film est voué à n’être parfaitement jaugé que par les arméniens ; n’en déplaise aux critiques français qui, conscients d’avoir senti la profondeur d’un questionnement dont ils n’ont pas pu saisir le sens, avaient décidé d’accueillir le film tièdement, sans prendre garde à leur propre ignorance.

 

[publié le 05/09/02 et repris dans NAM]

 

 

 

 

 

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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 10:57

L'étrange noël de monsieur jack est une histoire d'amour: ce n'est même presque que ça. C'est l'histoire d'un Don Quichotte misanthrope qui se cherche, rejette son monde dans un mépris naïvement prétentieux et tombe dans un univers opposé au sien, qui le subjugue puisqu'il ne le comprend pas. Son seul but, dorénavant, sera d'être cet univers-là, de le personnifier, de le vivre: il sera le père noël.
Dès le début, pourtant, lui qui est si libre dans sa désespérance, semble pourtant le plus malheureux, plus encore que cette fille qui sera son fil d'Ariane, lui permettant de s'extraire de son cauchemar, alors qu'elle est la plus à plaindre, puisque enchaînée et réduite à l'esclavage par un savant fou.
C'est une exaltation de l'amour dans le sens où, en filigrane, la morale est simple: le seul univers qui vaut d'être vécue est celle de l'autre, mais pas n'importe quel autre.

 

 

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