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1 décembre 2006 5 01 /12 /décembre /2006 14:14

 

 

Le pape en Turquie ?

L’intelligentsia turque en avait des sueurs froides… La veille encore, le premier ministre lui-même tentait de se soustraire à cet encombrant visiteur, en dépit de « l’hospitalité turque », en évoquant des emplois du temps inconciliables (comme quoi, même les emplois du temps ont mauvais caractère)…

Les chroniqueurs turcs en avaient conçu une inquiétude d’autant plus justifiée que, d’après eux, le pape venait prouver au monde occidental, en les provoquant à domicile, que les turcs n’étaient pas prêts à entrer en Europe : le cardinal Ratzinger ne s’était-il pas prononcé, par le passé, contre leur entrée au sein de l’Europe "chrétienne" ? (il faut dire que l’Europe est devenue l’obsession la mieux entretenue par la libido intellectuelle stambouliote, pour qui tout se juge à l’aune d’un seul fantasme : l’entrée de la Turquie dans le "continent" européen)

Or si le pape avait fait un évènement hautement controversé d’un voyage initialement destiné à des cuisines internes interchrétiennes, ce n’était pas à cause de ses positionnements eurosceptiques dénoncés dans les médias mais pour ses fameuses déclarations à Ratisbonne qui étaient alors allés droit au cœur du peuple musulman dont la Turquie, à la religion fraîchement réappropriée au dépens du kémalisme, faisait d’ailleurs partie. Dès lors, le pape ne venait pas voir les turcs, mais le musulman qui bouillonnait en eux. Il était décidé à profiter de la première occasion qui se présenterait à lui pour s’amender face à ce reste du monde qu’était, à ses yeux, le peuple musulman. Travail de titan s’il en est dans un pays majoritairement hostile à sa venue.

Pour cela, il devait tout d’abord désamorcer le turc avant de parvenir au musulman : car bien qu’en chaque turc il y ait bien un musulman qui s’agite, le turc en lui-même est une entité susceptible à part entière. Ce à quoi il s’attela le dimanche précédant son périple en vantant un peuple « dont l'histoire et la culture sont riches » puis, sitôt descendu de l’avion, en foulant les marches du mausolée d’Atatürk (passage obligé de tout touriste optant pour le voyage organisé).

 

 

 

Raison d’Etat

Jusque là, tout avait  suivit son cours dans l’ordre des choses, chacun s’en tenant à son rôle initial : le visiteur affable et l’hôte précautionneux. Jusqu’à ce qu’Erdogan, grâce au brutal sens du raccourci dont on le sait coutumier, rapporta que le pape s’était déclaré « favorable à l’entrée de la Turquie dans l’UE » ! Devrait-on pinailler sur les mots que dû prononcer Benoît XVI, vantant sûrement bien plus les bienfaits du processus d’adhésion que l’adhésion en lui-même ? Peu importe. Le fait est qu’au-delà des mots, la messe était dite : le pape s’était prononcé sur une question éminemment politique en tant que chef d’Etat européen. Comme tout bon chef d’Etat il avait, certes, son avis personnel, mais devait surtout composer avec la (sacrosainte) Raison d’Etat. Conscient du peuple chrétien qu’il croyait représenter, monseigneur venait faire acte de bonne volonté envers le peuple musulman, dans l’esquisse d’un même geste que celui de tous ces politiciens friands d’amitié entre les religions qui entendent sacrifier une Europe politique qu’ils ont pourtant pour seule prérogative sur l’autel de l’entente hypothétique des religions que permettrait l’adhésion turc (d’après eux, bien sûr).

Dans une Europe de politiciens s’occupant de religion, quoi de plus normal qu’un religieux s’occupant de politique ?

Un pape donnant son avis sur les questions politiques et devisant en chef d’état avec le peuple d’en face. Négociant la sortie de crise, en bon diplomate... Et se trompant de rôle.

 

Le pape n’avait pas à donner son avis sur des questions politiques. Il pouvait s’occuper de culte tant qu’il le voulait, méditer dans la Mosquée Bleue pour "marquer le coup", ramener la religion d’en face sous le toit d’un même dieu "conciliant", invoquer Marie comme figure tutélaire de la "réconciliation"… Mais il n’avait pas à mettre l’Europe dans sa balance.

Que pouvait-on attendre d’autre que ce nouvel exemple de perversion du pouvoir Vatican ?  D’un pape qui, roi religieux, s’est institué en chef d’état capable de donner un avis sur des sujets aussi étrangers à son domaine de compétence que la santé ou la politique internationale ? Rien.

 

 

 

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Published by Dartag - dans Politique
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