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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 13:25
Publié le : 13-11-2004




Dans un paysage associatif en pleine effervescence, à la veille du coup de grâce, le mot d’ordre décliné à satiété se résume en un voeu pieux de "reconnaissance". Une reconnaissance sous forme d’extorsion de mémoire, à la faveur d’une condition ultime formulée par une "Europe des consciences"(1).

La supplique des suppliciés à l’Europe et à la Turquie pour qu’on leur rende un petit bout de leur Histoire résonne de plus en plus comme l’ultime prière d’un mendiant retardataire derrière le portail refermé d’une Europe capitonnée.

Mais où est donc passé l’orgueil de la victime, conforté dans sa recherche du passé par les plus pures lois humaines, et dont le statut permet de crier, même dans le silence, qu’elle veut qu’on lui restitue non seulement sa mémoire, toute sa mémoire, mais aussi son sang, sa sueur et son labeur volés par cet assassin qui en jouit encore, en toute impunité?

Réfléchissez un peu : dans le meilleur des cas, on nous accordera la reconnaissance comme condition officieuse, et, qui sait, la Turquie, pressée par une Europe se cherchant "bonne conscience", accordera du bout des lèvres que le cri de souffrance d’un peuple était bien celui d’une nation qu’on égorgeait.

Et que nous resterait-il alors? Le goût amer d’une reconnaissance faite pour les mauvaises raisons, sans ce véritable travail de mémoire que nous pourrions légitimement exiger d’une société héritière du "Grand Crime"(2).

Devrons-nous alors accepter cette reconnaissance comme l’aboutissement de notre combat de 90 ans pour notre mémoire ?

Nous n’aurons, une fois notre volonté exaucée, pas le choix du refus, puisque nous nous serons alors engouffrés à tombeau ouvert dans un but qui, une fois atteint, ne contentera pas notre soif de justice.

C’est ce dont prend peu à peu conscience une frange non négligeable des Arméniens de France, comme lorsqu’au dernier 24 avril, ou pendant les dernières actions du collectif VAN, des banderoles scandaient l’exigence des réparations.

Ainsi, le mot tant craint par les Turcs est lancé, venu du fond du coeur meurtri des réchappés.

Il est si pressant que, faisant fi de la ligne officielle, il se ménage une place dans le discours des hauts dignitaires(3).

Faudra-t-il donc attendre encore une fois qu’il soit trop tard pour enfin formuler ce mot ouvertement et lui rendre la place qui lui revient de fait, puisque la volonté qu’il exprime n’en finit par de se justifier d’elle-même, portée par ceux à qui ne résiste aucun pragmatisme ni aucune retenue?

Le 17 décembre, cette volonté devra donc surgir par-dessus les dos courbés venus demander l’aumône, pour s’affirmer dans la fierté dont on essaie de nous priver, si nous voulons vraiment colmater l’hémorragie de nos mémoires...

Sinon, il sera trop tard.


*


(1) Citation de Nicole Fontaine repris par le CCAF dans sa carte postale au président Chirac.

(2) Traduction littérale de "Medz Yeghern", l’équivalent, en arménien, pour qualifier le génocide de 1915, du mot "Shoah".

(3) Dans le discours prononcé le 6 octobre par Ara Toranian, président du CCAF, au parvis des droits de l’Homme, au Trocadéro

*

[publié sur www.yevrobatsi.org le 13/11/04]


 

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