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12 août 2006 6 12 /08 /août /2006 21:50

Manuela vit seule avec son fils de dix-sept ans, Esteban. Le soir de son anniversaire, ils vont au théâtre voir "Un tramway nommé Désir" où une actrice qu'ils adorent, Huma Rojo, tient le rôle de Blanche DuBois. À la sortie, alors qu'ils attendent pour demander un autographe, Huma monte dans un taxi : Esteban se précipite mais est renversé par une voiture. Manuela, effondrée, décide de quitter Madrid pour Barcelone, qu'elle a quitté dix-sept ans plus tôt, enceinte, et d'y retrouver la trace du père du garçon.

 

Elle y retrouve Agrado, une de ses plus vieilles amies, prostituée transsexuelle au grand cœur. Pour lui procurer un emploi, Agrado lui fait rencontrer Sœur Rosa, une jeune religieuse qui s'occupe des prostituées et des travestis. Une affiche lui signalant qu'"Un tramway nommé Désir" est en tournée à Barcelone, Manuela décide de s'y rendre. À l'issue de la représentation, elle se rend alors dans la loge de Huma. Celle-ci est désespérée de la fuite de sa maîtresse et partenaire, Nina, et les deux femmes se mettent à sa recherche : elles la retrouvent en compagnie d'un dealer... 

 

 

Il y avait un fils. Un mari. Un amant. Un père. Un garçon.

Ce sont ceux qui ont défait la trame où se sont enfoncées ces femmes ; et c’est leur absence qui les hantera de la première à la dernière minute, rendant, à celle-ci, l’hommage qui leur est dû avec l’élégance d’un art qui ne leur renie rien.

Toutes ont une raison de courir derrière une douleur, celle que leur a laissé l’autre sexe.

Elles tentent de s’en départir, mais elle fait partie de leurs êtres meurtris, et leur seule volonté, fataliste, face à une force occulte et opposée qui les a acculé à la souffrance, est d’en faire leur fardeau, cachant dans leur sein toutes les misères d’un monde qui n’est pas le leur, puisqu’elles ne l’ont pas défaites, mais subies.

Malgré cela, ces entités singulières, dont les meurtrissures, par la faute d’un autre, ont guidé les cheminements vers cette chambre meublée de Barcelone, vont souffler les morceaux qui leur restent, pour que se recollent les bouts déchiquetés de papiers qui, pourtant, ne se correspondaient pas.

La légèreté et le détachement qu’elles s’appliquent à cultiver malgré le poids qu’elles portent est de l’humilité tranquille des taches dont on ne se cache pas ; mais presque.

 

 

A croire qu’elles portent jusqu’aux remords des hommes, dont elles sont devenues la repentance.

 

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11 août 2006 5 11 /08 /août /2006 13:55

Un artiste, Ashile Gorki,  tente de peindre le portrait de sa mère. Un metteur en scène veut réaliser le film de sa vie sur le génocide de son peuple. Un acteur turc endosse le rôle d'un méchant sans en mesurer les conséquences. Un jeune homme tente de passer la douane avec des images pour le même film. Une jeune femme veut comprendre comment son père a disparu. Une conférencière se sert de la grande Histoire pour oublier la sienne. Une seule histoire les réunit : celle de l'Arménie.

 

Certains d’entre vous ont accueilli les critiques tièdes des journaux français vis-à-vis d’Ararat avec incompréhension et désarroi. Lorsque des critiques de revues arméniennes étaient occupées à encenser ce film en en soulignant l’universalité du propos et l’accessibilité du message, les critiques français ne percevaient de ce film que la volonté du questionnement qui le caractérise, sans, toutefois, d’après eux, y avoir trouvé des réponses satisfaisantes. Il y a une réponse simple à ce contraste d’appréciation entre arméniens et français : c’est que, involontairement, ce film est fait pour les arméniens et non pour le basique critique français emmitouflé dans son écharpe de soie qui va voir le nouveau film d’Egoyan, soigneusement consigné dans son agenda entre un thriller américain et une comédie française.

Pourquoi ? Parce que le film est peuplé de personnages qui ont, comme le spectateur arménien, la mémoire à vif : cette palette de personnages qui évoluent dans le film se posent des questions que le spectateur arménien s’est déjà posé, ils se trompent parfois de réponse comme le spectateur arménien l’a déjà fait dans un pareil cas ou adoptent des attitudes que le spectateur arménien a déjà eu vis-à-vis de certains sujets.

Tous ces personnages, aussi différentes que soient leurs manières d’y répondre ou d’y faire face, le spectateur arménien peut s’y identifier. Ces personnages dialoguent avec lui, lui posent des questions qu’il ne s’est auparavant pas posé mais qui l’interpellent, ou répondent, à leur façon, à des questions que lui se pose depuis longtemps. C’est lorsqu’un film parle avec le spectateur ou l’interpelle qu’il devient utile. Or, le film d’Egoyan n’a pas d’autres prétentions que d’être utile à la compréhension ou à la prise de conscience de certaines choses. C’est ce que n’a pas compris le spectateur français ou une minorité de spectateurs arméniens.

 Ces derniers, allés pour voir le film sur le génocide arménien, rentent déçus, car, n’ayant pas compris le sens du film, ils l’ont surestimé et sont restés sur leur faim. Le sens du film était d’aborder la question de la mémoire du génocide arménien, un génocide sans sépulture, et non le génocide lui-même. En effet, aborder le génocide arménien aujourd’hui aurait été artistiquement suicidaire et potentiellement impossible (à moins d’avoir une approche originale ou très soigneuse de la question) : on ne fait pas de film sur un tel crime sans une grande difficulté ou bien on détourne la difficulté en faisant un documentaire ; c’est d’ailleurs le constat fait par Egoyan à travers le personnage de Saroyan, un cinéaste arménien qui élabore un film sensationnaliste et imagé sur son génocide. De plus, le génocide arménien n’étant pas reconnu, il est inconcevable de faire un film tel que « La liste de Schindler » version arménienne, en oubliant de parler de tout l’aspect de la mémoire bafouée et du déni.

Pour le spectateur français, le problème est autre : c’est un problème de compréhension du film. Il est incapable de comprendre tout le film. En fait, il ne comprend peut-être, des questionnements soulevés par celui-ci, que le stratagème du film dans le film et la frustration psychologique du personnage de la petite amie canadienne de Raffi. Or toute la profondeur de l’œuvre, tournant autour de la question de la mémoire du génocide arménien, réside dans les personnages de Saroyan, de Raffi, de sa mère, et d’Arshile Gorki (le douanier et l’acteur turc n’étant, dans le cadre de ce questionnement, que des révélateurs de certaines questions et réactions qu’ils provoquent sur ces personnages-ci). Ne pouvant s’identifier à ces personnages, le spectateur français ne peut dorénavant pas toucher la profondeur du film et l’apprécier à sa juste valeur : c’est pourquoi, même s’il admet que le questionnement du film est intéressant, il ne peut pas, ne se sentant nullement concerné, y être sensible. 

C’est pourquoi ce film est voué à n’être parfaitement jaugé que par les arméniens ; n’en déplaise aux critiques français qui, conscients d’avoir senti la profondeur d’un questionnement dont ils n’ont pas pu saisir le sens, avaient décidé d’accueillir le film tièdement, sans prendre garde à leur propre ignorance.

 

[publié le 05/09/02 et repris dans NAM]

 

 

 

 

 

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10 août 2006 4 10 /08 /août /2006 14:19

Je refuse

C'est ainsi que ma camarade de classe de Terminales turque me répondit, lorsqu'au détour d'une conversation, je lui demandais son avis (non sans avec une certaine appréhension) à propos du génocide arménien.

Comme pour s'excuser, elle développa un embryon d'argumentation en m'expliquant qu'en Turquie, certains arméniens étaient aussi de son avis. Je lui répliquai qu'elle n'avait pas à expliquer son opinion.

En effet, pour moi, on ne pouvait pas avoir d'opinion sur une Vérité telle que la réalité d'un Génocide.

Car une Vérité s'impose à nous au regard des faits, elle n'a pas besoin d'être discutée pour être acceptée: ce n'est pas une opinion ( cf. § " Chacun ses Vérités ?. ").

Alors pourquoi certains nient-ils le Génocide, nient des faits, donc une réalité, une Vérité ?

Est-ce le mensonge ou l'ignorance des faits?

Pour ma part, j'étais convaincu que, dans le cas de ma camarade de classe, son refus relevait de l'ignorance, et, plus encore, d'une ignorance volontaire due à l'apprentissage de la négation. Ma camarade de classe était comme une enfant à qui une personne aurait délibérément bandé les yeux et convaincu du bien fondé de son geste.

Ce n'était donc pas de la responsabilité de ma camarade de classe que relevait cette négation.

Qui, donc, se trouvait responsable de cette négation ?

Le père de cette camarade de classe, qui aurait inculqué la négation du génocide arménien à sa fille?

Les médias turcs, qui ont convaincu le père de cette fille de la nécessité de la négation?

L'état turc, l'establishment, qui a, par l'éducation du dénis dans les écoles, convaincu un peuple de la négation d'un génocide ?

La cause en est bien plus profonde et on ne peut pas lui trouver de responsables aussi concrets et clairs, mais, en partant de la particularité de la Turquie, qui est une démocratie restrictive et nationaliste, on peut expliquer la négation par un sentiment caractéristique des pays nationalistes. Ainsi, je crois que c'est plutôt l'amour propre d'une nation qui est à l'origine de la négation. Ce terme est assez impropre, pour certains, à l'échelle d'une nation, et ne devrait être utilisé qu'à une échelle individuelle. Cependant, je crois que, comme une nation est un ensemble d'individus, le déni du génocide est dû à l'amour propre que ressentent certains turcs face à l'image qu'ils se font de leur nation. Cet amour propre a permis, entre autre, l'éducation du déni en Turquie et de l'image d'une Turquie triomphante, qui a enraciné le déni du génocide chez chaque turc. Car l'idée d'un génocide est comme une atteinte à l'immaculée nationalisme enseignée en Turquie, ainsi que l'atteint e à l'image que beaucoup de pays européens et américains (surtout aujourd'hui) se font de la Turquie, c'est à dire d'un pays qui a réussit à se moderniser, à s'européaniser, à s'ouvrir, et à refuser l'islamisme omniprésent dans la structure politique de nombreux pays musulmans, ce qui n'est pas totalement faux - loin de là. (quoique, pour ce dernier point, certains analystes politiques pensent qu'il y aura un regain des partis religieux sans précédent en Turquie aux prochaines élections.).

A ces " raisons " spécifique à l'amour propre national , à l'échelle du pays, vient, effectivement, s'ajouter l'amour propre individuel de chacun. Ainsi, le citoyen turc étant une entité de la nation turque, la mise en culpabilité de la nation turque revient, pour le citoyen turc, à le culpabiliser lui-même, et c'est à ce stade là qu'entre en jeu l'amour propre individuel (Remarque: l'état Turc est, en ce sens, un modèle d'état nationaliste, car il a réussit à inculquer, à chacun de ses citoyen, un amour propre national).

Pour résumer, c'est l'éducation du déni et de l'apprentissage de l'amour propre national, qui, convainquant chaque citoyen turc de la nécessité de " fermer les yeux " , est à l'origine de la négation massive des turcs face à la réalité d'un génocide: le génocide arménien.

Autopsie du négationnisme

Qu'est ce que le négationnisme ? Le négationnisme est la négation de faits, qui ont effectivement eu lieu et dont la réalité n'a plus à être éprouvée, par une ou plusieurs personnes. On peut ainsi distinguer deux sortes de négationnisme : le négationnisme d'état et le négationnisme individuel.

Dans le cas qui nous intéresse, nous pouvons citer, comme exemple de négationnisme d'état, celui de l'état Turc, et, comme négationnisme individuel, celui de l'islamologue américain réputé Lewis.

Cependant, mon propos ne s'attache pas, ici, à définir le négationnisme et énumérer les cas de négationnisme connus dans notre cas, mais, en partant d'expériences qui me sont propres, à analyser le négationnisme et ses subtilités dans le cas du génocide arménien, ainsi que les méthodes utilisées pour y parvenir.

Lorsque s'instaure une discussion tournant autour le génocide arménien avec un négationniste, la réponse du négationniste face aux faits consiste à esquiver l'énumération des faits imposant la réalité du génocide arménien. Elle intervient sous plusieurs formes: tout d'abord, une technique très utilisée par les négationnistes est l'atténuation des faits et la remise en cause de la valeur de ces faits. Ainsi, le moyen le plus utilisé est celui qui consiste à jouer avec les chiffres de morts- avec le 1 million et demi officiel. On m'a déjà servit, par exemple, un article de journal arménien qui parlait, en 1916, je crois, de centaines de milliers de morts, en me disant que nous avions plusieurs fois gonflé les chiffres depuis 1916: comme si en 1916, au début de la deuxième vague (la plus meurtrière) du génocide arménien, un petit journaliste arménien pouvait se projeter dans l'avenir, savoir quelle serait la portée du génocide et réaliser les effroyables proportions que prenait l'extermination des arméniens. A ces méthodes qui visent à atténuer les chiffres de morts, et dont la manoeuvre est d'une bassesse incroyable (cette bassesse n'a d'égale que le nombre de fois que ce procédé éculé est utilisé) , je n'ai qu'une chose à répondre : un génocide, ce n'est pas un palier de millions de morts qu'il faut franchir pour être estampillé de l'étiquette " génocide ", mais c'est le nom qu'on donne à des massacres organisés (ou prémédités) de grande envergure et systématiques effectués par une instance politique, tribale, ou ethnique, et qui vise à exterminer un peuple ou une ethnie particulière, or, que ce soit avec un million et demi ou avec un million deux cent cinquante quatre mille morts, le génocide arménien reste un génocide en ceci: des documents authentifiés attenant au parti des dirigeants en place au moment du génocide, aux écrits ou déclarations de ses dirigeants, ou aux mesures mises en place pour la déportation et le massacre organisé des arméniens attestent de la volonté à peine voilé des dirigeants jeunes turcs et des cadres de leur parti à en finir avec le " problème arménien ".

C'est ainsi, que, comme un pendant au jeu macabre des nombres successifs de mort expliqué plus haut, se greffe la discussion du terme génocide. Or le terme génocide est un terme précis et clair qui n'a rien avoir avec une querelle de chiffres : elle porte, comme je l'ai dit auparavant, sur la manière dont ces massacres sont effectués et sur l'intention de ceux qui la perpètrent (voir la définition du génocide plus haut).

Une autre manière d'esquiver les faits imposant la réalité du génocide consiste à justifier ces faits. A ce stade là, les négationnistes arrivent parfois à une contradiction, car, lorsqu'il niaient des massacres organisés auparavant, ils n'essaient plus à présent de les démentir, mais de les expliquer (ce que je trouve, personnellement, bien pire encore). Ainsi, le premier argument consiste à brandir l'épouvantail du terrorisme (petite observation personnelle: cet épouvantail ne s'est pas démodé et a bien résisté au fil des ans, comme justification à d'autres conflits), avec l'activisme du parti Dachnag avant la période du génocide. Je trouve que tuer des femmes, des enfants, des vieillards, des paysans sans histoire, des soldats arméniens de l'armée turque, ne peut être justifiée par l'activisme d'un groupe indépendantiste classique (la France ne va pas exterminer les corses parce que les multiples groupes terroristes de la région y font régner la terreur, et encore, cette compar aison est impropre, car il n'y avait, en 1915, qu'une organisation terroriste arménienne, et que, bien que très active, elle n'opérait pas par attentats aveugle, mais par des révoltes se réglant sur des " champs de bataille " . Aujourd'hui, chacun a son avis sur la question, mais, pour ma part, je pense qu'entre s'en prendre aveuglément à une vingtaine de femmes et d'enfants sans défense d'un côté, et s'en prendre à des militaires ou des hommes armés d'un autre côté, il n'y a pas de doute à avoir sur le ² terrorisme² le plus condamnable. Mais n'entrons pas dans des débats houleux et trop actuels comme celui-ci, car, si certains justifient les conflits et les occupations arbitraires en brandissant l'épouvantail du terrorisme, d'autres trouvent des excuses au recours au terrorisme aveugle).

Dans le même type d'argumentaire que ce qui a été développé précédemment, nous pouvons distinguer l'argument choc permettant de justifier le génocide comme une déportation d'individus, trop entreprenants avec l'ennemi dans un contexte de guerre, qui aurait mal tourné.

Ainsi, les arméniens auraient été déportés pour empêcher leur ralliement aux troupes tsaristes ennemies.

Premièrement, il est difficile d'imaginer les paysans arméniens de la côte syriaque (exemple non fortuit portant sur l'exemple de la tentative de déporter les arméniens de Mussa Dagh) trotter des milliers de kilomètres pour se battre dans l'armée russe, et les citadins arméniens d'Adana ou Kharpout, villes très éloignées de l'ancienne frontière turco-russe, se décider, un beau jour, de faire, en masse, les idéalistes suicidaires, et se déplacer jusqu'à la frontière russe juste pour emmerder les turcs.

Ensuite, de très nombreux arméniens se battant, pendant la première guerre mondiale, dans l'armée turque, ont été mis à l'écart et désarmés, puis montré comme des révolutionnaires arméniens aspirant à se battre dans l'armée tsariste. Ceux, qu'hier, se faisaient tuer pour la Turquie, étaient devenus, en l'espace d'un instant, des intriguants ennemis. Sans commentaires.

Enfin, nouvellement, s'est développé " l'argument ASALA" . Cet argument consiste à transformer le débat en joute oratoire dans laquelle le but est de se renvoyer nos cadavres respectifs à la gueule. Nous pouvons ainsi décrypter, sous-jacent à cet ² argument² récent, la tentative de confirmer la théorie jeune turque selon laquelle l'arménien est génétiquement, ou, du moins, culturellement conditionné à haïr le turc et qu'il est une nuisance pour chaque turc (voyez ce qu'ils continuent à faire avec le terrorisme ASALA : nuire aux turcs), et de justifier la volonté turque de l'époque de ² régler² le " problème arménien " avant qu'il ne prenne une trop grande envergure et étouffe la nation turque ( la théorie de l'abcès au pied de la Turquie, de la Bête sur la lune).

Cette généralisation volontairement outrancière et provocante, consiste à dire qu'ASALA est le fruit d'un peuple et non d'une minorité de jeunes fanatiques qui s'amusaient à mélanger joyeusement le marxisme et le nationalisme arménien dans un mélange détonant et meurtrier. Je vous laisse vous-même mesurer l'invalidité d'un argument tel que celui-là (ça reviendrait à dire, par exemple, que l'OAS était le reflet de ce que pensait le peuple français- absurde).

Pour finir, un autre argument assez nouveau consiste à dénoncer une prétendue instrumentalisation du génocide arménien par les arméniens, pour empêcher, par exemple, l'entrée de la Turquie dans l'UE, ou pour ternir l'image de la Turquie dans le monde. Sous-jacent à ces dénégations, il y a une victimisation de la Turquie qui est faite et qui n'est pas seulement employée à servir d'arguments dans une discussion. Ainsi, elle sert aussi à convaincre les turcs de la nécessité de nier le génocide, car l'utilisation de ce génocide desservirait, d'après eux, les turcs. L'argument de l'instrumentalisation est même poussé jusqu'à son paroxysme, de manière plus ou moins voilée, pour essayer de convaincre qu'il n'y a jamais eu un génocide, mais que cette histoire de génocide est un complot des arméniens pour, encore une fois, nuire aux turcs. Ainsi, le citoyen français dont les grands parents ont été tués en Anatolie (et ils sont très nombreux dans ce cas en France) demanderais la reconnaissance de l'assassinat de ses grands parents pour, insidieusement, servir un complot tacite et international visant à nuire à la Turquie, encore une fois, parce que l'arménien est culturellement programmé à haïr le turc.

De plus, l'argument européen ne tient pas debout: c'est depuis 1920 que les arméniens essaient de faire reconnaître son génocide par la Turquie (et, que je sache, la Turquie n'était pas pressentie pour entrer dans l'Europe à ce moment-là, pour la simple raison qu'il n'y avait pas d'UE - c'était juste un rappel).

En définitive, les arguments négationnistes énumérés et expliqués plus haut ne sont, pour la plupart, pas seulement utilisés pendant les discussions avec des arméniens ou des personne soutenant la réalité du génocide. Elles permettent aussi de conforter (ou de bâtir) l'autoconviction de chaque turc amené à nier ces faits. Ainsi, les sites négationnistes de grande envergure mis en place sur la toile, et qui se déclinent en français, anglais, allemand et turc, servent à consolider la négation des turcs, et non à infirmer la réalité du génocide arménien. Ces sites sont l'objet de professionnels de la négation : ils usent et abusent outrancièrement des procédés éculés présentés plus haut, et leurs seules attaques contre la réalité du génocide arménien sont une riposte fleurissant depuis peu et apparut avec le soutien de l'état Turc, visant à prouver un génocide des turcs par les arméniens; le génocide d'un peuple dirigeant un empire, par un autre peuple sans pays, sans institution, éparpillé sur toute la Turquie, et désarmé en 1915. A première vue, une hypothèse pareille est risible, car aucun historien, même les rares historiens négationnistes, ne sont encore allés jusqu'à créer de toute pièce un génocide - peut être que les arméniens avaient si bien cachés leur jeu que personne n'avait trouvé, jusqu'à ce que l'état Turc s'y mette, ce génocide soigneusement dissimulé. Comment pensent-ils arriver à prouver de telles allégations ? Ils détournent des images de guerre de la première guerre mondiale, en mettant une légende qui change la réalité de la photographie, ou publient des photographies d'arméniens posant avec des armes, faites par les arméniens de Van où la révolte grondait, ou par l'état turc en 1915 pour justifier le recours au génocide (cette initiative de l'état turque de 1915 consistait à rassembler les armes en possession des arméniens, et à faire poser les hommes arméniens avec cet étalage d'arme; cet épisode bien connu qui marqua, après le r etour des soldats arméniens de l'armée turc, leur désarmement, est le prélude du génocide de 1915).

Ainsi, la négation du génocide arménien atteint, aujourd'hui, avec les professionnels du négationnisme (les sites spécialisés dans la négation du génocide), un paroxysme jamais atteint auparavant, que même les turcs qui nient les faits n'arrivent parfois pas à suivre. Ainsi, j'utilise les termes même de turcs d'un forum qui disaient , dans un commun accord, à propos d'un site négationniste, qu'il était un " mal " ou une " provocation " nécessaire pour contrecarrer les sites arméniens ou autres ( regroupant les archives et les faits confortant la réalité du génocide) qui ternissent l'image des turcs et de la Turquie et l'empêchent, aujourd'hui, d'entrer en UE .

Chacun ses Vérités ?

" Chacun ses Vérités ", me répondit un jour un internaute turc sur un forum turc, coupant court à la conversation engagée sur la réalité du génocide arménien. La discussion avait emprunté le schéma classique: atténuation des faits, puis justification des faits, enfin réfutation des faits avec accusation d'instrumentaliser puis de créer de toute pièce des morts, et, en dernier lieu, inversion des statuts de victime et de bourreau en relayant la thèse crée cela fait 5 ans environ par l'état Turc, qui consistait à dire que, contrairement à ce qui avait été prouvé jusque là, ce seraient les turcs qui auraient été victimes d'un génocide perpétré par les arméniens (et non le contraire).

Enfin, le dernier message avait été sans appel: " chacun ses Vérités ".

Ainsi, au fur et à mesure que le débat avançait, cet internaute s'était cambré, mis sur la défensive, et, ne trouvant plus d'arguments, s'était tourné vers la provocation (avec les thèses de complot arménien, de génocide des turcs, etc.- ces arguments ne sont pas difficiles à trouver: les sites négationnistes en regorgent) et vers la radicalisation de son négationnisme, avant de décréter qu'il n'y avait aucune argumentation à faire, aucune discussion à avoir, car, en définitive, tout le monde resterait sur ses positions initiales et que chacun penserait tenir la Vérité.

Cette phrase, dans sa forme, était tout d'abord une capitulation au cours d'un débat, car, en coupant court à toute suite, l'internaute avait renoncé à toute possibilité de convaincre son interlocuteur (une autre réponse plus courante coupant court aux discussions consiste à affirmer: " On n'est pas des historiens, on ne pourra pas continuer le débat correctement car on n'a pas toutes les connaissances nécessaires pour nous le permettre "- je paraphrase là une autre réponse d'un internaute turc).

De plus, cette affirmation est très intéressante car elle montre, par le terme " Vérités " , que la conviction de l'internaute turc était inébranlable et aveugle, car cet internaute dit que, quels que soit l'importance et la pertinence des arguments que j'aurais utilisé, il n'aurait pas fléchit, c'est pourquoi il ne m'était pas nécessaire de continuer à soutenir ma thèse et qu'il valait mieux arrêter cette discussion (les raisons de cet aveuglement sont expliqués dans le § " Je refuse ").

Enfin, c'est surtout le " s " collé au mot Vérité qui m'a beaucoup surpris et interpellé: comment une vérité serait-elle multiple, comment se fait -t- il qu'un même problème ait plusieurs réponses. Je ne doute pas que ce mot ait été lancé sans beaucoup d'arrières pensées ni de grandes réflexions sur ce qui allait être dit, mais j'ai trouvé intéressant de comprendre pour quelle raison (peut-être inconsciente) ce ² s² était-il venu se greffer sur le mot Vérité.

Ainsi, sur un plan philosophique, et en toute rigueur, ce " s " n'a pas lieu d'être: une Vérité est unique, transcendantale et universelle. Elle n'est aucunement une opinion, qui, contrairement à elle, est multiple.

Alors pourquoi ce " s " ? Tout simplement parce que, plus qu'une erreur, ce " s " est révélateur de la conviction profonde et aveugle de cette personne, qu'il révèle l'originalité de son négationnisme, qui n'est pas un négationnisme d'intellectuel ou de responsable, mais un négationnisme d'anonyme comme on en rencontre souvent dans notre cas. Bref, ce qu'on pourrait appeler un négationnisme de " mouton " (sans connotation péjorative).

Je m'explique: cette personne là sait pertinemment qu'il y a au moins une petite part de vérité dans ce que je dis, donc sur la réalité du génocide arménien; c'est la raison pour laquelle il emploie le terme " Vérité " pour désigner ma conviction. Mais il a aussi la conviction qu'il est de son devoir d'affirmer le contraire de cette vérité, et que cette affirmation est indispensable, dans son intérêt propre: c'est de la conviction de cette nécessité que naît la deuxième Vérité, sa Vérité, c'est à dire la thèse négationniste. Cette conviction aveugle qui, d'une nécessité, a fait naître le déni d'un génocide, a été apprise, comprise, et suivie à la lettre. Même si le génocide des arméniens a une part ( même minime) de vérité, la reconnaissance de sa réalité serait nuisible pour le peuple et la personne turque, d'où cette seconde vérité présente chez chaque turc sensibilisé par cette question dérangeante, comme une nécessité contre une prétendue atteinte à l'image des turcs (envers les autres, envers eux-mêmes, et envers leur passé: voir le § " Je refuse " pour le développement des raisons de cette nécessité, qui sont l'amour propre national ; etc.).

C'est cette ambivalence entre la nécessité et le devoir d'un turc (selon les médias et l'état Turc) et la reconnaissance implicite et involontaire d'une part de réalité du génocide arménien (malgré les provocations et le radicalisme des propos tenus auparavant), qui j'ai trouvé intéressant dans cette phrase.

Ainsi, moi qui croyais que cet amour propre national arrivait à convaincre entièrement les turcs de la nécessité du déni, je me suis rendu compte que la majorité des négationnistes anonymes turcs (qui avaient débattu sur la question) n'étaient en fait convaincu que de la nécessité de ce déni, et non de sa réalité (d'où un espoir de reconnaissance de ce génocide, même si la conviction en la nécessité du déni est, comme cela est expliqué plus haut, inébranlable).

De la nécessité de ne pas répondre aux négationnistes

Nous avons commencé à nous demander ce qui motivait le négationnisme, quelle en était la cause, puis nous avons entrepris de voir les effets qu'il pouvait ou qu'il était amené à avoir, enfin nous l'avons analysé en tant que tel, en le démontant rouage par rouage, mais nous n'avons pas éludé une question assez importante qui est l'attitude à avoir face au négationnisme, et qui nous concerne directement.

Nous allons donc essayer de répondre à une question simple: faut-il répondre aux négationnistes ?

N'ayant pas un avis tranché sur la question, je vais tout d'abord développer, dans une première partie, les cas qui ne méritent pas de réponse. On peut comprendre le terme " répondre " de deux façons :

la première, consiste, par exemple, à répondre aux allégations d'un négationniste en engageant une discussion, la seconde, est, de répondre à une provocation ou aux allégations d'un négationniste en, par exemple, le censurant.

Dans quels cas ne doit-on pas répondre à un négationniste et est-il nécessaire de n'engager aucune discussion ?

J'ai, pour ma part, été confronté à ce genre de questionnement dans les forums arméniens et dans les forums turcs, de deux façons différentes. Tout d'abord, dans les forums arméniens, cette question s'est posé lorsque des turcs (qui devaient visiblement s'ennuyer terriblement pour en être réduit à fréquenter des forums arméniens) se sont mis à intervenir dans les forums de différentes façons: fallait-il leur répondre ?

Le cas de messages négationnistes le plus fréquemment rencontré était un type de message unilatéral, n'attendant pas de réponse, n'ouvrant aucune voie à une discussion ou à un débat, ne cherchant qu'à provoquer, et non à raisonner. Ces messages étaient le plus souvent des messages assez formatés, qui étaient facilement retrouvés dans les industries négationnistes du net, les sites négationnistes dont nous avons parlé auparavant: c'étaient tout simplement des "copier/coller", qui n'avaient demandé aucun effort de réflexion de la part de ces négationnistes. Il était nécessaire de ne pas construire un débat sur la base de ces "copier/coller", car ça aurait été aussi inutile que de parler à un mur qui vous renverrait invariablement votre écho. Ainsi, comment, lorsque vous vous évertuez à engager une discussion argumentée, pouvez-vous continuer lorsque votre interlocuteur, au lieu de répondre directement à vos arguments, vous met des pages d'articles n'ayant que très vaguement une relation avec vos arguments et votre questionnement ?

Ce cas là de discussion était inutile, car, le négationniste, au lieu de jauger votre argumentation, y riposter, concéder sur certains points, raisonner, discuter, réfuter, était imperméable à vos efforts de discussion et y répondait par des écrits qui n'étaient pas les siens (parfois même sans avoir lu auparavant ce que vous aviez écrit).

Dans ces cas-là, il était nécessaire de ne pas répondre aux messages des négationnistes, car ils étaient :

- ou des provocations sans suite qui attendaient la réponse ou l'indignation légitime de la personne provoquée de la sorte, et c'était faire le jeu des provocateurs que de leur répondre

- ou des débats engagés avec des ignorants rivés sur leur acquis négationnistes qui vous renvoyaient des réponses formatées et empêchaient toute discussion spontanée, ainsi que toute tentative de convaincre, ce qui est le but de tout débat, et, dans ce cas-là, il était inutile de continuer de discuter, car tout débat était, par l'attitude du négationniste, impossible.

De plus, je me refuse à répondre, pendant des débats sur le génocide, à certaines personnes qui essaient de faire des amalgames ou des hors sujets, en s'envoyant allègrement dans la figure les situations respectives de la Turquie et de l'Arménie, les morts de l'ASALA, etc. autant de sujets qui sont hors sujets lorsqu'on parle du génocide des arméniens de 1915.

Enfin, l'attitude de certains consiste à refuser de discuter du génocide arménien avec des négationnistes, car le génocide est, pour eux, une vérité établie sur des faits réels, une vérité ne pouvant être discutée ou niée. Mais le fait est que, s'il y a des négationnistes pour être convaincus du contraire, pour quelques raisons que ce soit, c'est que, par ignorance ou par aveuglement volontaire, on peut nier une réalité, donc la discuter, et que, si nous voulons que les négationnistes se rendent compte, ou soient amenés, par la logique des faits, à reconnaître, par la force des arguments, la réalité du génocide, il faut en discuter, c'est pourquoi, s'il y a certains cas qui ne permettent pas une discussion, et auxquels il faut refuser toute discussion, la discussion est nécessaire dans bien d'autres cas. De plus, refuser de discuter d'une vérité, c'est aussi, parfois, reconnaître que nous avons peur de la discussion, donc que nous avons peur de mettre nos convictions à l'épreuve, car elles pourraient être ébranlées, et c'est l'aveu même que la réalité d'un fait auquel nous croyons pourrait être remise facilement en cause.

Il est donc nécessaire, dans la plupart des cas, de répondre aux négationnistes prêts à discuter de la réalité du génocide arménien.

[publiés en 2002 sur http://www.imprescriptible.fr/dossiers/ rubrique Arménien de la quatrième génération ]

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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 14:46

 

Nul n’est devin en son pays. Jacques Chirac avait déclaré au premier ministre turc au cours du sommet de l’Union européenne et de l’Amérique latine/Caraïbes, que « l’Assemblée nationale est très occupée. Le projet de loi peut toujours être rejeté par un vote qui doit déterminer si vraiment il doit faire partie de l’ordre du jour. Il peut ne pas être discuté à cette session ». Il n’en fut rien. L’ordre du jour, établit la veille par la conférence des présidents (des groupes parlementaires), décida que le projet de loi pénalisant le génocide arménien serait bien discuté le 18 mai au matin. Inscrit dans la niche parlementaire PS, il fut convenu qu’il serait discuté en dernier, après deux autres projets de loi PS.

En dernier. Pourquoi en dernier... C’est ce que ne tardèrent pas à se demander certains interlocuteurs politiques arméniens. Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS, écrivit en conséquence le 17 mai dans la soirée à Jean-Louis Debré pour lui demander de remonter la proposition de loi en première position. Debré n’en fit rien, arguant de son obligation à s’en tenir aux décisions entérinées.

Le maître du jeu

Les manifestants arméniens venus de toute la France (certains s’étant levés à 3 h du matin) massés dans une petite place au cul du bâtiment de l’assemblée nationale, les plus chanceux prenant place dans les balcons de l’hémicycle, les députés venus spécialement pour voter la loi, et même les quelques turcs manifestant sur l’esplanade des invalides ; tous n’attendaient qu’une seule chose : le vote... Excepté Jean-Louis Debré, et, à travers lui, Jacques Chirac.

Debré avait tenu - chose assez singulière pour être remarquée - à présider lui-même les débats de ce matin-là, qui débutèrent comme prévu par l’examen de la loi sur le rôle du parlement. Le vilain tour qu’entendait jouer le pouvoir à la représentation nationale s’offrit pour terrain de jeu une loi dont le rôle était justement d’empêcher ce genre d’entourloupe ; or même le poids du symbole ne suffit pas à faire reculer le bras honteux du président qui, hissé sur son perchoir, surmontait la démocratie avec toute la morgue d’une fatalité à laquelle on lui avait demandé de la contraindre. L’interminable cortège des amendements UMP, le long discours, traîné par les silences, de Clément, un ministre pourtant connu pour son élocution rapide ; et, surtout, la passivité coupable d’un Debré habituellement si prompt à chronométrer les temps de parole avec une parcimonie rare, entendaient repousser la loi négationniste dans les retranchements de la règle absurde des niches parlementaires, qui sont périssables hors du temps imparti à leur examen. A 13 heures 30, normalement, la séance serait close. Et les propositions non discutées expireraient comme de vulgaires yoghourts : à croire qu’après une certaine heure, toute loi proposée n’a plus vocation à en être une.

La guerre des lois n’aura pas lieu

La litanie des intervenants finit par exaspérer certains députés. Les arméniens assis dans les balcons savaient la course contre la montre commencée. Et pour eux, impuissants observateurs astreints au silence, et pour Debré et ses puissants commanditaires, qui avaient pour l’instant le dessus, se jouant d’une loi pour en couler une autre. Quelques députés PS montrèrent bruyamment leur impatience. Rochebloine (député UDF président du groupe parlementaire France-Arménie), aussitôt rappelé à l’ordre par Debré, prit la parole pour accuser Clément d’avoir sciemment fait durer son intervention. Debré - qui, jusqu’à présent, était resté à peu près muet - menaça puis suspendit la séance, ajoutant un peu plus à la confusion générale, et parvenant par la même occasion à arracher quelques précieuses minutes à la loi.

Après avoir discuté en aparté avec Jean-Marc Ayrault sur la stratégie à adopter, ce dernier étant d’avis qu’on reporte la loi sur le négationnisme faute de temps nécessaire pour en débattre, il fut convenu à 11h55 que les députés tenteraient de boucler les discussions en ¼ d’heure, Paul Quilès refusant de reporter son projet de loi. 12h10, alors que la loi constitutionnelle était prestement adoptée sous la pression des députés, qui, pour la plupart, n’hésitèrent pas à renoncer à leur temps de parole, le ministre des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy entra dans l’hémicycle, signe que le débat aurait bien lieu.

Enfin, à 12h15, Debré annonça l’examen de la proposition de loi de Didier Migaud visant à sanctionner le négation du génocide arménien.

Sur sa faim

A partir de là, le climat changea du tout au tout. Dans les balcons, le député turc du parti au pouvoir, Turhan Çömez [cf. photo], se pencha un peu plus vers son traducteur dont les lèvres tremblaient de plus en plus vite, rapportant chacun des mots du génocide dans les oreilles du sourd. Les arméniens ne bougeaient plus, leur agitation muette ayant laissé place à une attention vigilante...

Et ce qui se produisit déborda les pronostics les plus pessimistes de Debré. La quasi-totalité des députés présents étaient favorables à la loi. Hollande, désormais sûr de son coup, fit son apparition et rejoignit ses rangs. Hervé Morin, président du groupe UDF, fit de même. Devedjian se paya même le luxe d’interpeler le ministre des affaires étrangères - « un génocide ! »- lorsque celui-ci emprunta la fameuse formule officielle turque « les évènements tragiques ». Le ministre, ayant à cœur de démontrer la loyauté du gouvernement à ses amis turcs, se fendit d’un discours presque sans équivalent dans les annales diplomatiques du Quai d’Orsay, n’utilisant qu’une seule fois le mot génocide, lui préférant ses "synonymes" et renvoyant l’Histoire universelle à une histoire arméno-turque, minimisant ainsi un « évènement effroyable », un accident de parcours banal, puisque « chaque nation a eu des zones d’ombres »... De la diplomatie à vif. Des mots qui travaillèrent au corps la mémoire des arméniens présents dans la tribune. Et ces autres mots, assumés ouvertement, et mis crânement face à l’Histoire : « relation », « partenariat », « intérêts de la France », « taux de croissance de la Turquie » !!!!!

Mais plus rien ne peut arrêter le temps lorsqu’il entreprend de revenir sur ces pas.

Pas même monsieur Debré. Les discussions tendaient à s’achever. Plus que quelques interventions, et on passait au vote. Ce qui se produisit alors pris tout le monde de court. Un coup de cloche. Une phrase, laconique et rapide, indiquant que le débat était reporté. Et Debré disparut le plus vite possible, comme poursuivit par des millions de fantômes éveillés. Le député turc fit de même. Plus discrètement. Délaissant l’hémicycle, indignes.

La suite dépassa l’entendement des employés de l’assemblée qui, chargés d’évacuer les balcons, contemplèrent le spectacle ahurissant d’une centaine d’arméniens, debout, criant « Le vote ! Le vote ! » et chantant la Marseillaise. Rendant à l’hémicycle la dignité dont elle était privée sous les applaudissements et les encouragements des députés qui contemplaient la scène.

Debré était parti manger, ou bien faire visiter l’hémicycle aux “Amis du président”, une brochette de vieilles personnes venues de sa circonscription pour le voir, et qui nous avaient déjà grillé la politesse à l’entrée du bâtiment. Nous laissant sur notre faim.

Jusqu’à novembre prochain...

[publié dans CHEKHTA n°17 du 15 au 20 mai 2006]

                              crédit photo: www.yevrobatsi.org

Compte rendu : Débat avorté sur la proposition de loi contre la négation

Haute tension à l'Assemblée nationale, jeudi 18 mai. Place Edouard-Herriot, plusieurs centaines de manifestants, arborant drapeaux français et européens parés des couleurs arméniennes (rouge bleu orange), réclament le vote de la proposition de loi visant à sanctionner la négation du génocide arménien en discussion le matin. A quelques centaines de mètres, sur l'esplanade des Invalides, environ cent cinquante représentants de la communauté turque dénoncent "une loi liberticide". Là aussi, le croissant et l'étoile sur fond rouge se font discrets derrière les drapeaux tricolores et bleu étoilé.

Dans l'Hémicycle, l'ambiance n'est pas moins électrique. Les tribunes du public sont exceptionnellement remplies pour un jeudi matin : deux cents personnes, pour la plupart membres de la communauté arménienne et ayant bénéficié d'une invitation des députés favorables à l'adoption de la proposition de loi.

Sous la présidence de Jean-Louis Debré, la discussion, commencée à 9 h 30, d'une autre proposition de loi du PS visant à élargir les pouvoirs du Parlement traîne en longueur.

L'énervement gagne tous les rangs. "Ça suffit, s'écrie Martine David (PS, Rhône). C'est scandaleux ! Nous voulons parler du génocide arménien..." "Vous vous livrez à une manipulation de l'ordre du jour", s'emporte Jean-Yves Le Bouillonnec (PS, Val-de-Marne).

Le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault, dans un rappel au règlement, déplore "un débat tronqué" et suggère, dans ces conditions, le retrait du texte. "C'est du sabotage", crie une spectatrice, prestement évacuée par les appariteurs de l'Assemblée. Après une nouvelle suspension de séance, un accord intervient entre les groupes et la présidence pour achever rapidement l'examen de la proposition sur les pouvoirs du Parlement.

"LE VOTE ! LE VOTE !"

Il est 12 h 15 lorsque la discussion s'engage. Le rapporteur, Christophe Masse (PS, Bouches-du-Rhône), défendant la sanction du négationnisme, estime qu'elle "peut être un instrument pour combattre la tentation du communautarisme". "En adoptant cette proposition, conclut-il, l'Assemblée contribuera à atténuer une concurrence malsaine entre les victimes de génocide qu'entretient leur inégalité au regard de la loi."

Le ministre des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, exprime sa "sympathie à l'adresse de nos compatriotes d'origine arménienne marqués par le souvenir des massacres commis en 1915". "Le génocide, Monsieur le ministre", l'interrompt Patrick Devedjian (UMP, Hauts-de-Seine). "Nous ne pouvons accepter cette proposition de loi", annonce néanmoins M. Douste-Blazy, estimant qu'elle serait considérée comme "un geste inamical" par la Turquie et risquerait d'"affaiblir notre influence dans la région, où de nombreux groupes français sont installés". Du côté de l'UMP, sur la quarantaine de présents, les trois quarts sont pourtant décidés à voter la proposition du PS.

 

 

 

 

Six orateurs à peine ont pu s'inscrire dans le débat lorsque, à 13 h 05, M. Debré lève la séance. Le président de l'Assemblée, tenu par des engagements extérieurs, quitte précipitamment l'Hémicycle. Il est pris à partie par M. Devedjian : "Tu m'as empêché de parler, je m'en souviendrai..." Dans les tribunes, la colère explose : "Le vote ! Le vote !", scande le public, qui dénonce "un déni de démocratie" et refuse d'évacuer les lieux.

Le PS s'est engagé à inscrire de nouveau ce texte dans sa prochaine "niche" parlementaire, en novembre.

 

 

Article paru dans Le Monde paru le 20 mai 2006, sur www.lemonde.fr

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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 14:23

Chaque acte négationniste est un défi fait à l’Histoire.

 

Mais l’Histoire a changé de camp.

 

 

Et la rage avec elle.

Alors qu’hier le négationnisme ravivait ce « génocide en nous », attisant les cadavres exposés de nos mémoires avides ; il n’est, à présent, qu’un acte désespéré qui perpétue un crime pour ne pas l’endosser. En cela, la profanation du mémorial de Lyon est un symbole plus fort encore que le mémorial en soi : il est son pendant actuel, presque un acte d’aboutissement de l’œuvre. Aujourd’hui, nos fantômes sont les leurs, nous qui avons si longtemps veillé LEURS cadavres dans le placard de l’Humanité.

Prenons donc le parti de laisser intactes les traces de l’infamie pour qu’un jour un turc vienne les effacer de lui-même.

 

[publié dans CHEKHTA n°13 du 17 au 22 avril 2006]

 

Lyon: le mémorial du génocide arménien recouvert d'inscriptions

 20Minutes.fr avec AFP | 18.04.06 | 19h42

Des inscriptions en français et en turc niant le génocide arménien de 1915 ont été découvertes sur des stèles du mémorial qui lui est dédié à Lyon, alors que ce monument doit être inauguré lundi prochain.

Des phrases telles que +Il n'y a pas eu de génocide+ ou encore +Heureux celui qui est turc+, ont été inscrites au feutre noir sur 5 des 26 stèles de ce monument dont la construction a fait l'objet d'une manifestation hostile de la part de la communauté turque le 18 mars.

 

 

L'association pour le Mémorial lyonnais du génocide arménien (MLGA) a déposé plainte après ces dégradations. La loi du 29 janvier 2001 par laquelle la France a reconnu le génocide arménien ne prévoit aucune sanction en cas de négationnisme.

Dans un communiqué, le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) a condamné ces actes et fait le lien avec "des pratiques inaugurées par les groupuscules néo-nazis sur les monuments dédiés à la Shoah".

"Le CCAF demande aux autorités politiques et judiciaires de réagir avec la plus extrême fermeté à ces actes qui, au-delà de la communauté arménienne, portent atteinte à la République et aux droits fondamentaux de tous les Français, comme à leurs valeurs de mémoire, de vérité et de justice", poursuit-il. Le Comité de défense de la cause arménienne (CDCA) a également exprimé "sa très vive indignation", rappelant qu'une "stèle dédiée au génocide arménien avait été profanée le 11 avril 2005 à Marseille".

Le 24 avril, la communauté arménienne commémorera le 91e anniversaire du génocide arménien par les Turcs en 1915, et des mémoriaux seront inaugurés notamment à Lyon et à Marseille.

Le projet lyonnais est aussi contesté par une association de riverains de la place où il a été érigé, appuyée par une élue locale UMP.

 

http://www.20minutes.fr/articles/2006/04/18/actualite_france_Lyon_le_memorial_du_genocide_

armenien_recouvert_d_inscriptions.php

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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 13:42

L’offensive négationniste turque se voulait à la hauteur de la volonté politique d’Ankara d’étouffer le problème arménien dans le contexte de conciliation de plus en plus pressant des négociations à venir, pour ne pas à avoir à composer avec l’Histoire.

A Berlin, l’Opération Talaat (dont nous avons longuement couvert les préparatifs dispendieux les mois précédents) initiée par des personnalités venues de tout le prisme politique turc, dont l’ex-président de Chypre Occupée Rauf Denktas (à ce propos, allez voir l’intro ahurissante de son site www.rrdenktas.com) exhortait tous les turcs à prendre leur drapeau et à monter sur Berlin. Des avions furent affrétés depuis Ankara pour remplir les rues de la capitale allemande et atteindre les 20.000 personnes promises. Il n’y en eut finalement que 2000.

A Lyon, où un mémorial devrait être inauguré le 24 avril prochain, les turcs comptaient faire masse et le consul himself inaugura les hostilités contre l’Histoire en qualifiant le génocide de mensonge. Les manifestants, eux, arboraient fièrement une forêt de drapeaux turcs et joignaient leurs doigts en signe de ralliement aux Loups Gris.

Ces deux manifestations avaient pour objectif de démontrer que le poids politique des turcs était aussi conséquent que leur poids démographique dans les deux pays les plus puissants d’Europe, intimant celle-ci de ne plus s’occuper du problème du « prétendu génocide ».

Or c’est tout le contraire qui s’est depuis produit :

les turcs de Lyon eurent à composer avec des opposants étonnants, les jeunes étudiants anti-CPE de retour de manif qui, avec le concours des passants et de 5-6 arméniens du Nor Seround venus prendre des photos, improvisèrent une contre manifestation, les traitant de « fascistes » et de « négationnistes », sous les cris de « nous sommes tous des arméniens ».

Le préfet, qui avait autorisé la manifestation et se retrouva par la suite sous les feux des critiques de tous bords, promit en conséquence d’interdire toute autre manifestation turque sur la question; et les élus se sentirent obligés, par réflexe républicain, de réitérer leur opposition à tout abandon du projet du mémorial. L’affaire alla même jusqu’à l’assemblée nationale, où une question au gouvernement y fut consacrée.

Et pendant ce temps là, de l’autre côté du Bosphore, à encore nombre d’années d’une Europe tant espérée, le ministre des affaires étrangères turc, débordé sur ses flancs, a depuis appelé les turcs d’Europe à plus de prudence et de discernement... En attendant le jour où ils pourront fièrement parader dans le pays le puissant d’Europe : le leur.

[publié dans la revue de presse CHEKHTA n°9 du 20 au 25 mars 2006]

Heurts entre manifestants turcs et anti-CPE à Lyon

LYON (Reuters) - Des affrontements ont opposé dans les rues de Lyon des manifestants turcs à quelques centaines de jeunes militants anti-CPE où figuraient des membres de la communauté arménienne. Les Turcs, venus au nombre de 2.500 des départements de la région Rhône-Alpes , selon la police, entendaient manifester leur opposition à la construction d'un mémorial arménien dans le centre ville de Lyon. Brandissant une forêt de drapeaux turcs et des pancartes sur lesquelles on lisait "Il n'y a pas eu de génocide arménien" ou "Non au mémorial d'un prétendu génocide", ils se sont heurtés aux personnes présentes à la fin de la manifestation anti-CPE organisée aussi dans le centre, autour de la place Bellecour.

"Fascistes", "négationnistes", "rentrez chez vous", " Nous sommes tous des arméniens" ont lancé les manifestants anti-CPE dans les rangs desquels on comptait nombre d'Arméniens.

La présence des forces de l'ordre et de cordons de CRS n'a pu empêcher des affrontements entre les deux camps à coups de poing et à l'aide de projectiles divers. La police a fait usage de lances à eau pour les disperser.

 Dépêche Reuters du 19 mars 2006 publiée par http://fr.news.yahoo.com

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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 13:31

Hrant Dink était venu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet intellectuel qu’on excusait presque, voilà quelques mois, d’être arménien de Turquie, tant ses propos (rapportés) s’inscrivaient en porte à faux avec le discours commun de la diaspora, fut accueillit en héros, avec la plus précieuse des décorations au veston : une condamnation à croupir dans les geôles turques, ce qui lui donnait le grand avantage de continuer personnellement le martyre de son peuple, un martyre sacré puisqu’il est, aujourd’hui plus que jamais, la seule clé de voûte de la cohésion diasporique autour de son identité*.

 

 

 

Il avait choisit de s’exprimer en dernier : il devait sûrement avoir la pratique de ce genre de réunions, qui se réduisent à des déclarations successives de notables de la pensée arménienne venus dire leur point de vue, à défaut d’être capables de le confronter.

 

 

Ainsi, Govcyian se fendit en un exposé didactique visant à expliquer le pourquoi de l’incompatibilité de cette Turquie avec l’Europe à un parterre qui le savait déjà trop.

Chaliand, lui, pensant sans doute être sur un plateau télé, tint à présenter son point de vue d’européen, dans un exposé intéressant mais hors de propos ici.

Enfin, ce fut au tour de Hrant Dink de parler, ce qu’il fit en arménien....

 

 

 

Cette particularité nous amena d’ailleurs, mes amis et moi, à nous demander s’il ne fallait pas obliger les Papazian, Toranian et autres à, une fois de temps en temps, s’exprimer en arménien, histoire de vérifier que l’arménien, permettant de dire les choses autrement, les rend diablement plus intéressantes. Car qui, parmi les bilingues présents dans la salle, n’a pas saisit la différence sensible qu’il y avait entre les propos bruts de Dink et leur traduction simultanée ?

 Chaque langue a une manière bien à elle de renvoyer un propos ; selon l’éclairage qu’elle lui donne, il s’en trouve transfiguré. On pourrait ainsi s’expliquer, par exemple, le portrait tronqué qu’on retient habituellement, ici, de Hrant Dink...

 

 

 

Bref.

Il tint d’abord les propos qu’on lui connaît habituellement, expliquant que son soutien à l’entrée de la Turquie était motivé par son souhait de détourner définitivement le pays où il vivait du nationalisme, et de lui donner toute la latitude d’une liberté indispensable à la minorité dont il faisait partie.

 

 

 

Il répondit, ensuite, sobrement aux accès de lyrisme de certaines personnalités présentes : pendant que l’une d’entre elles déclarait se mettre augustement sous ses ordres, une autre lui demandait d’avaliser la comparaison qu’il faisait entre Erdogan et Gorbatchev. Il s’attacha donc, sans reprendre la comparaison, à expliquer qu’Erdogan était actuellement la seule personnalité politique capable de faire avancer la Turquie vers l’UE, et cela pour deux grandes raisons : parce qu’il se trouvait en dehors de la chape nationaliste qui recouvre toute la scène politique classique turque, mais aussi, et surtout, parce qu’il y trouvait un intérêt particulier, ses efforts étant motivés par le bon espoir de son camp d’ouvrir, grâce aux libertés européennes acquises à terme, les institutions turques aux voiles et à la barbe (des kémalistes)...

Enfin, il en vint à parler des arméniens.

 

 

 

Il raconta d’abord l’histoire de cette vieille dame qui, chaque année, passait quelques mois à Sivas, la ville qui l’avait vu naître et qu’elle avait fuit en 1915. Elle y perdit d’ailleurs son dernier souffle. Un vieux musulman, après avoir recueillit sa dépouille, téléphona à Dink pour lui exposer la situation. Dink retrouva sa fille, en France, qui fit le voyage jusqu’à Sivas... C’est alors que Dink reçu un nouveau coup de téléphone de ce même musulman, qui, visiblement alarmé, lui expliqua que la fille refusait d’enterrer sa défunte mère à Sivas, et s’apprêtait à la ramener avec elle en France...

A travers cette parabole, qui pesa un instant sur l’auditoire attentif, le prophète Dink laissait poindre un message qui, dans la suite de ses propos, se fit de plus en plus pressant et limpide. 

Il expliqua ensuite ce qui allait  servir de nouvel alibi aux autorités turques pour lui coller un second procès (à venir) au cul : lors d’une interview accordée à un journal turc, le journaliste lui demanda à quoi il pensait, enfant, lorsqu’il scandait, le matin à l’école, les incantations d’usage : « je suis travailleur, je suis honnête, je suis turc ». Hrant Dink lui répondit, un brin goguenard, qu’il n’avait pas l’once d’un souvenir de ce qu’il pensait alors, mais qu’aujourd’hui, il se trouvait en effet qu’il était travailleur, honnête... et arménien. Bayts votch tourk, ayl tourkiatsi.

Les interviews lui réussissant visiblement assez, il en relata une autre, au cours de laquelle il avait affirmé : « nous, arméniens, atchk ounink ayn hoghéroun vera », ce à quoi le journal répondit en titrant : « La leçon de Hrant Dink : j’ai un oeil sur vos terres ! Eh bien, rentres-y bien ».

Enfin, visiblement fatigué, il tint quand même à rapporter son ressentit habituel, lorsqu’il participait à des conférences avec les arméniens du monde entier, à Yerevan, et que la salle des conférences, au lieu de vibrer dans une seule langue, prenait des airs de Babel moderne : « Qu’un peuple ne puisse plus s’exprimer dans sa langue est un fait dont la faute incombe à l’Etat turc » s’exclama-t-il en conclusion.

Le micro coupé, moi et mes amis ne résistâmes pas à l’envie irrésistible de lui poser notre question, et nous approchâmes de l’estrade, attendant qu’il en descende, dans une nuée d’arméniens empressés qui tenaient ab-so-lu-ment à lui signifier leur enthousiasme et leurs remerciement : je m’approchai alors de lui, et l’interpellai en son arménien : «  Baron Dink, dzér gartzikov, nor haygagan sérme gerna norén poussnil hin hay hoghéroun vera ? »

Il me prit la tête dans une main et, collant sa bouche contre mon oreille, répondit, dans un ton de fausse confidence : « AYO ».

* Cette clé de voûte est amenée à être brisée dès lors que le génocide sera reconnu, précipitant la disparition irrémédiable de la diaspora par effritement progressif.

 

C’est devant une salle comble que s’est tenu jeudi 20 octobre à la mairie du 9e arrondissement de Paris le meeting de l’Association des amis des NAM sur le thème : "Que voulons-nous de la Turquie". Hrant Dink, Gérard Chaliand, Alexis Govicyan et Ara Toranian ont pris part aux débats, animés par Isabelle Kortian. La discussion s’est engagée avec la salle après que les chroniqueurs des NAM, René Dzagoyan, Denis Donikian, Michel Marian, auxquels s’était joint Gaïdz Minassian eurent posé leurs questions à l’invité principal, Hrant Dink, qui avait fait le voyage d’Istanbul pour assister à la soirée.

http://www.armenews.com/article.php3?id_article=19526
 
 
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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 13:25
Publié le : 13-11-2004




Dans un paysage associatif en pleine effervescence, à la veille du coup de grâce, le mot d’ordre décliné à satiété se résume en un voeu pieux de "reconnaissance". Une reconnaissance sous forme d’extorsion de mémoire, à la faveur d’une condition ultime formulée par une "Europe des consciences"(1).

La supplique des suppliciés à l’Europe et à la Turquie pour qu’on leur rende un petit bout de leur Histoire résonne de plus en plus comme l’ultime prière d’un mendiant retardataire derrière le portail refermé d’une Europe capitonnée.

Mais où est donc passé l’orgueil de la victime, conforté dans sa recherche du passé par les plus pures lois humaines, et dont le statut permet de crier, même dans le silence, qu’elle veut qu’on lui restitue non seulement sa mémoire, toute sa mémoire, mais aussi son sang, sa sueur et son labeur volés par cet assassin qui en jouit encore, en toute impunité?

Réfléchissez un peu : dans le meilleur des cas, on nous accordera la reconnaissance comme condition officieuse, et, qui sait, la Turquie, pressée par une Europe se cherchant "bonne conscience", accordera du bout des lèvres que le cri de souffrance d’un peuple était bien celui d’une nation qu’on égorgeait.

Et que nous resterait-il alors? Le goût amer d’une reconnaissance faite pour les mauvaises raisons, sans ce véritable travail de mémoire que nous pourrions légitimement exiger d’une société héritière du "Grand Crime"(2).

Devrons-nous alors accepter cette reconnaissance comme l’aboutissement de notre combat de 90 ans pour notre mémoire ?

Nous n’aurons, une fois notre volonté exaucée, pas le choix du refus, puisque nous nous serons alors engouffrés à tombeau ouvert dans un but qui, une fois atteint, ne contentera pas notre soif de justice.

C’est ce dont prend peu à peu conscience une frange non négligeable des Arméniens de France, comme lorsqu’au dernier 24 avril, ou pendant les dernières actions du collectif VAN, des banderoles scandaient l’exigence des réparations.

Ainsi, le mot tant craint par les Turcs est lancé, venu du fond du coeur meurtri des réchappés.

Il est si pressant que, faisant fi de la ligne officielle, il se ménage une place dans le discours des hauts dignitaires(3).

Faudra-t-il donc attendre encore une fois qu’il soit trop tard pour enfin formuler ce mot ouvertement et lui rendre la place qui lui revient de fait, puisque la volonté qu’il exprime n’en finit par de se justifier d’elle-même, portée par ceux à qui ne résiste aucun pragmatisme ni aucune retenue?

Le 17 décembre, cette volonté devra donc surgir par-dessus les dos courbés venus demander l’aumône, pour s’affirmer dans la fierté dont on essaie de nous priver, si nous voulons vraiment colmater l’hémorragie de nos mémoires...

Sinon, il sera trop tard.


*


(1) Citation de Nicole Fontaine repris par le CCAF dans sa carte postale au président Chirac.

(2) Traduction littérale de "Medz Yeghern", l’équivalent, en arménien, pour qualifier le génocide de 1915, du mot "Shoah".

(3) Dans le discours prononcé le 6 octobre par Ara Toranian, président du CCAF, au parvis des droits de l’Homme, au Trocadéro

*

[publié sur www.yevrobatsi.org le 13/11/04]


 

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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 13:19
Publié le : 14-01-2005

 




Il existe une grande idée, que Victor Hugo, en son temps, avait reprise, et que les pères fondateurs de l’Europe économique portaient en utopie, comme suite inéluctable à donner aux fondations qu’ils avaient posées : celle d’une Europe politique, des « Etats-Unis d’Europe ».

Cette idée ambitieuse qui se proposait de coordonner certains domaines politiques comme la défense, l’armée, la recherche, l’enseignement, aux mains d’une structure unie par les voix des citoyens européens, devait être l’aboutissement promis par des élargissements successifs que la guerre froide, en divisant les européens, avait quelques peu retardé.

Cette idée a bien failli prendre corps puisque jusqu’au ciment de cet édifice incroyable, la pierre d’achoppement qui lui permettrait de prendre forme, la Constitution Européenne, fruit d’un consensus savant, a été rédigée à cet effet, n’attendant que l’approbation des peuples pour amorcer la réalisation du rêve européen.

Dans quelques années, pourtant, les craintes de beaucoup d’europhiles se confirmeront et nous devrons faire le deuil de cette Europe que tant de grands hommes ont conçue et espérée en vain.

Pourquoi ces craintes ? Qu’est-ce qui rend les prévisions de certains si catégoriques, en laissant croire que, malgré tous ses apprêts, l’Europe ne peut plus devenir ce qu’elle devrait être, et restera éternellement une machinerie bancale, écartelée entre son statut actuel de bureaucratie économique et la promesse d’une puissance politique sans
précédent historique ?

Quel est cet évènement capable d’enrayer son cheminement, en l’empêchant d’aboutir enfin, au terme d’un siècle d’efforts inégaux ?


Première partie : La cause d’un désastre annoncé


Depuis ce jour fatidique du 16 décembre, au terme duquel l’UE a promis à la Turquie qu’elle allait, sauf fâcheux incident, l’intégrer dans une dizaine d’années, l’Europe politique a signé son arrêt de mort en accueillant le pays de trop.

Si les proconsuls européens qui ont scellé cette décision s’époumonent à expliquer à leurs opinions désappointées que tout n’est pas acquis d’avance, et que cette promesse passera à l’épreuve des peuples, peu de gens sont dupes de l’assurance difficilement modérée que ceux-ci ont mise
dans une promesse qui n’aurait pas été faite si elle n’avait pas été motivée par une grande prévoyance dans la parole donnée.

Et puis, dix ans, n’est-ce pas assez pour, au gré de reportages dithyrambiques, publicités idolâtres, articles approbateurs, lobbying acharnés, contrats alléchants... dévier l’opinion dans le sens des décisions prises à sa place dix ans plus tôt ?

Bref, revenons-en au corps du message, en mettant de côté l’amorce d’une critique relative à une décision capitale pour l’Europe : pourquoi diable l’entrée de la Turquie détruirait-elle inéluctablement tout espoir d’une Europe politique forte?

La réponse tient en quelques évidences :

-L’Europe a dores et déjà atteint une importance démographique considérable, actuellement difficile à maîtriser (de l’aveu même des artisans des élargissements successifs).

Le caractère démesuré que représenterait l’entrée de la Turquie, forte de près de 70 millions d’individus; faisant d’elle, à terme, le pays le plus peuplé d’Europe, nécessiterait une refonte de la cave au grenier de la mécanique grinçante de l’Europe, de toute façon indispensable, et déjà planifiée, avec la constitution, pour remédier aux problèmes préexistants à l’Europe des 25. Faudra-t-il tout recommencer une fois entrée la Turquie?

De plus, se pose la question de la viabilité d’une Europe de cette taille-là, celle-ci ne pouvant subsister sans perdre en cohésion, en volonté coordonnée, au risque non seulement de ne plus pouvoir réaliser son ambition politique, en raison de quelques consensus mous et aux dépens d’ inflexions politiques fortes, mais aussi, par voie, de conséquence, de vivoter péniblement dans un contexte international où elle se sera mise hors jeu d’office.

- L’Europe politique ne pourra pas se greffer sur une Europe économique déstabilisée par l’entrée de la Turquie. Ainsi, la Turquie est appelée à se conformer aux normes économiques européennes au prix de grands sacrifices et pour elle, et pour l’Europe, laquelle devra l’accompagner et l’aider financièrement.

Or, actuellement, si la Turquie lutte contre l’inflation et tente de réduire sa dette publique, c’est sous la pression du FMI qui lui a prêté, en échange de ses efforts, 16 milliards de dollars, soit la deuxième plus grosse somme allouée à un pays. Celle-ci a d’ailleurs pu bénéficier d’un retour spectaculaire de la croissance. Pourtant, ces quelques réussites sont largement tributaires des aides extérieures et cachent mal nombre de domaines qui attendent encore pour subir la refonte nécessaire à leur conformation à l’UE.

Notons que la dette publique globale de l’Etat atteint 80 % de son PIB, que le fisc, qui taxe lourdement les contribuables à défaut de mettre la main sur une économie souterraine qui atteindrait 50% du PIB, est en faillite, qu’il y a dores et déjà 30,3% de la population turque, soit 20,7 millions de personnes, qui vivent avec moins de 4 dollars par jour, et qu’enfin l’adaptation au PAC nécessiterait la mise au chômage de près de 5,5 millions de travailleurs agricoles. En conséquence, on assisterait à un exode rural et à des disparités régionales fortement accentuées par la migration de près de 15 millions de personnes sans aucun savoir-faire.

Compte tenu de tous ces facteurs, l’UE a estimé son aide à 0,1 % du PIB européen pour 2025, soit 22,1 à 33,5 milliards d’euros, en remarquant toutefois que ce chiffre pourrait être modifié au regard de l’évolution démographique turque ainsi que de l’adhésion de la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie.
Comment tenir le pari du redressement de la dizaine de pays européens issus de l’ex-bloc soviétique, et de la Turquie par la même occasion, grevant le potentiel d’action de l’Union, sans sacrifier aux autres projets européens ?

Comment peut-on mettre en place un chantier qui nécessiterait des assises solides si on les sape par avance en remodelant inconsciemment le paysage européen ?

- La cohésion de l’Europe dépend d’un facteur capital, fruit d’un concept perdurant depuis les premiers accords monétaires : l’idée d’un « noyau dur » moteur de l’Europe. Celui-ci a eu, par le passé, de multiples visages, au gré des circonstances pour lesquelles il se formait. En effet, jusqu’à présent, c’est bien la circonstance qui a motivé les alliances et non le contraire. Pourtant, dire que le « noyau dur » se résume à ce type d’alliance serait totalement erroné, conduisant à sous-évaluaer l’importance qu’elle a eue au cours de chacune des étapes importantes de la construction européenne. Ainsi, le « noyau dur » a concerné plus particulièrement un groupe de pays historiquement rompus à ce genre d’alliances, et dont les efforts de conciliation, s’ils n’étaient pas étrangers à une volonté de pouvoir guidée par des intérêts propres, ont permis des avancées importantes dans les domaines économiques et financiers, avec la mise en place d’une politique monétaire et douanière commune, ainsi que quelques rares progrès, ponctuels, en politique étrangère (bien que l’outil de cohésion ait été absent dans ce domaine-ci, empêchant, par exemple, un consensus autour de la question de l’invasion de l’Irak – problème que la constitution européenne permettrait de régler).

Chacun se souvient, par exemple, des marques répétées d’amitié franco-allemande auxquelles tous les présidents de la Vème République se sont pliés, dans l’optique d’un moteur européen franco-allemand qui deviendrait le gouvernail de l’Europe. Cette idée est aujourd’hui tombée en désuétude à cause de... la perspective de l’entrée de la Turquie dans
l’UE. Ainsi, Jochka Fisher, par exemple, qui en était par le passé l’un des défenseurs les plus acharnés, a depuis publiquement fait volte-face sur le sujet afin qu’elle ne soit pas en inadéquation avec sa position plus qu’enthousiaste concernant l’entrée de la Turquie dans l’UE.

Parce qu’il est évident que le rapport de force qui perdure aujourd’hui est amené, avec l’entrée de la Turquie, à disparaître ou à être remanié autrement (l’avis le plus répandu étant que l’Allemagne songe sérieusement à former, avec la Turquie, un centre de pression fort, rendu possible par la puissance démographique dominante que tous deux représenteraient quelles que soient les alliances formées en vis-à-vis).

Une fois le « noyau dur » éclaté, l’Europe perdra son principal outil de cohésion dans un contexte d’étirement maximal pour lequel il en aura, paradoxalement, plus que jamais besoin.

Voilà, sommairement, à quoi doit s’attendre l’Europe si la promesse faite le 16 décembre se réalise.

Tout ce qui vient d’être dit est pourtant connu, attendu et craint par Bruxelles, ce qui laisse à penser que le choix d’intégrer la Turquie a été fait selon d’autres critères qui sembleraient plus déterminants aux yeux des décideurs.

Quels sont ces critères ? Quelles motivations animent les soutiens européens à l’adhésion?


Publié le : 22-01-2005



Seconde partie :Les fossoyeurs de l’Europe politique



Il y a deux types de soutien à l’adhésion : les exaltés et les pragmatiques. Chacune des deux opinions a deux optiques assez distinctes concernant la question, qui se rejoignent toutefois dans les grandes lignes pour aboutir à un soutien sans faille de l’entrée de la Turquie.

Ainsi, le groupe le plus influent actuellement, celui des pragmatiques, regroupe les décideurs européens comme Chirac, et les différents leviers de Bruxelles, tels Prodi et Barosso.

Leur but, en défendant l’adhésion, est tout d’abord d’intégrer un pays à fort potentiel humain, une idée résumée par Günter Verheugen, vice-président de la Commission, qui voit dans l’immigration turque « la relève démographique de l’Europe ».

Cet argument séduit les groupes industriels et financiers européens, expliquant le lobbying forcené des milieux financiers, et du MEDEF en particulier, qui ne ménage pas ses efforts pour promouvoir une adhésion qui assurerait une main d’oeuvre pour délocalisations, ainsi que des contrats plus qu’intéressants, largement favorisés par les vagues de privatisation actuelles au sein d’une économie en terre brûlée bouleversée par la chute des gros groupes proches du pouvoir au profit de petites PME, lors de la dernière crise.

C’est dans ce contexte de friche du marché que, ces dernières années, de grands groupes comme Danone ou Carrefour se sont implantés là-bas,s’octroyant des domaines jusqu’alors verrouillés.

En dehors des atouts économiques, Bruxelles entrevoit la possibilité d’amener dans son giron un allié authentique des Etats-Unis, qui lui a plus d’une fois servi de poste avancé, faisant de lui un membre de longue date de l’OTAN. Cette acquisition permettrait à l’Europe d’avoir un oeil sur le Moyen-Orient, parvenant par là même à cultiver une influence facilitée par sa présence territoriale dans la région, quitte à se brûler les doigts en les approchant trop d’un brasier qui dépasse pour l’heure sa capacité d’intervention, d’interposition ou d’ingérence.

Cette idée d’une jetée vers le non occident a cela de séduisant qu’il donne une mission civilisatrice à l’Europe, que ce soit aussi bien envers la Turquie qu’envers l’autre monde, le monde islamique, comme se le représente l’intelligentsia au pouvoir, selon l’idée éculée d’un choc des civilisations qu’il faut à tout prix éviter.

Ce malheureux raccourci, qui résulte d’une méconnaissance du Moyen-Orient et de ses différentes composantes, est l’idée force des partisans de l’adhésion, le clan des exaltés, qui a bâti toute une réflexion autour de cette vision biaisée du contexte géopolitique. Ainsi, cela fait encore quelques jours, le député UMP Pierre Lellouche clamait, dans les colonnes de L’Actualité juive, la nécessité de faire entrer la Turquie dans l’Europe parce qu’elle était un pays musulman.

Cette considération ramène non pas à l’intérêt que représenterait l’entrée de la Turquie pour l’Europe, mais à celui qu’aurait le beau geste consistant à le faire entrer. Autrement dit, ce ne sont pas des critères précis directement imputables à un pays, permettant ainsi d’expliquer rationnellement le pourquoi de son entrée qui servent d’arguments, mais c’est la symbolique qui s’y rapporte : démontrer aux autres pays musulmans que la civilisation européenne est amie des autres civilisations. Cette vision aussi inconsciente qu’ignorante des subtilités géopolitiques au profit d’un orientalisme béat est partagée par nombre de députés de gauche, comme Cohn-Bendit ou Rocard, qui y ajoutent une touche de volontarisme humaniste, donnant à l’Europe une mission civilisatrice, un rôle de catalyseur de la démocratisation de la Turquie, dans le but non seulement de faire de celle-ci, à terme, un exemple pour les autres pays musulmans, mais aussi de les encourager à suivre le modèle turc et à se conformer aux canons de la démocratie occidentale.

Malheureusement, ce n’est pas le bien de l’Europe qu’on veut là, mais celui de la Turquie, et, de façon plus hasardeuse, des autres pays musulmans du Moyen-orient.

Ainsi, comme l’a résumé Michel Rocard dans une émission télévisée, il y a quelques mois : l’Europe politique est dores et déjà morte, et c’est en partant de cette conviction qu’il ajoute, en substance, que c’est la raison même du manque de scrupule que devrait avoir l’Europe à se risquer à démocratiser la Turquie.

L’ironie de cette phrase, qui souligne l’inadéquation entre le voeu d’une Europe politique, souhaitée par un Valéry Giscard d’Estaing ou par un Badinter, et celui d’une entrée de la Turquie dans l’Europe, défendue par un Michel Rocard ou un Cohn-Bendit, met en exergue un paradoxe qui est en passe de devenir réalité : le premier et dernier acte politique de l’Europe sera de démocratiser la Turquie en la faisant entrer dans l’Europe, puisque, tel un ultime chant des cygnes de l’Europe politique, ce geste scellera à jamais la mort de l’idée d’une destinée politique européenne commune.


[publié sur www.yevrobatsi.org les 14/01/05 et 22/01/05]
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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 10:57

L'étrange noël de monsieur jack est une histoire d'amour: ce n'est même presque que ça. C'est l'histoire d'un Don Quichotte misanthrope qui se cherche, rejette son monde dans un mépris naïvement prétentieux et tombe dans un univers opposé au sien, qui le subjugue puisqu'il ne le comprend pas. Son seul but, dorénavant, sera d'être cet univers-là, de le personnifier, de le vivre: il sera le père noël.
Dès le début, pourtant, lui qui est si libre dans sa désespérance, semble pourtant le plus malheureux, plus encore que cette fille qui sera son fil d'Ariane, lui permettant de s'extraire de son cauchemar, alors qu'elle est la plus à plaindre, puisque enchaînée et réduite à l'esclavage par un savant fou.
C'est une exaltation de l'amour dans le sens où, en filigrane, la morale est simple: le seul univers qui vaut d'être vécue est celle de l'autre, mais pas n'importe quel autre.

 

 

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Published by Dartag - dans Cinéma
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