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1 janvier 2007 1 01 /01 /janvier /2007 19:39

LE MECANO DE LA GENERAL

(THE GENERAL)

de Buster Keaton et Clyde Bruckman
USA, 1926, 1h17, muet

Avec Buster Keaton, Marian Mack, Glen Cavender, Jim Farley, Frederick Vroom, Charles Smith

Le mécano Johnnie Gray a deux amours : Annabelle Lee, sa fiancée et une locomotive du type "The General". Lorsque la guerre de Sécession éclate, Johnnie veut s'engager mais l'autorité militaire estime qu'il sera plus utile à la cause sudiste. Le prenant pour un lâche, Annabelle refuse de le revoir.

Un visage cireux de clown triste, un masque humain projeté dans les soubresauts humains de la guerre, un homme voulant être un homme comme les autres pour être accepté par sa bien aimée : c'est ce personnage qui, de l'aveu même du cousin oublié de la famille Chaplin, lui donna son meilleur rôle.

En chevalier des temps modernes monté sur son cheval de fer, le cheminot Keaton part en guerre contre tous ceux qui lui volent sa condition de héros, dans une farce au nihilisme intact où des évènements qu'il ne dirige pas mais qui le mettent dans les états les plus délirants tout en lui donnant le privilège de la surprise sur les autres l'amèneront avec une bienveillance versatile vers une fin heureuse de "malgré lui".  

La puissance du film, comparé à d'autres grands muets, tient par le tracé d'une intrigue réaliste en diable (ce qui est assez rare pour être souligné), mettant le spectateur au coeur d'une histoire à laquelle on le fait croire à chaque image, chaque péripétie, comme si chacune des acrobaties de Johnnie Gray avaient pu avoir réellement eu lieu. D'autant plus que le corps de Keaton, dont l'expression physique confine au génie, joue parfaitement les émotions du personnage impassible : l'immobilité simiesque de son fameux visage légèrement triste et étonné n'en est alors, par opposition, que plus ironique.

Restauré par MK2 en 2004, la mise en musique du ce film exemplaire a été confiée au compositeur japonais Joe Hisaishi, le magicien des films de Takeshi Kitano et de Miyazaki. Et, pour une fois, le choix de MK2 s'est révélé judicieux : celui, luxueux, du meilleur faiseur de musiques de film du moment, fort de son expérience des chefs d'oeuvre animés japonais qui s'apparentent à leurs aînés muets de par l'expressionnisme dont le trait de Miyazaki parvient à doter les mouvements de ses personnages en papier, permet de reconnaître la patte du musicien par un reflexe d'enfant, donnant une proximité nouvelle à un film vieux de 80 ans.  

 

 

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1 décembre 2006 5 01 /12 /décembre /2006 14:14

 

 

Le pape en Turquie ?

L’intelligentsia turque en avait des sueurs froides… La veille encore, le premier ministre lui-même tentait de se soustraire à cet encombrant visiteur, en dépit de « l’hospitalité turque », en évoquant des emplois du temps inconciliables (comme quoi, même les emplois du temps ont mauvais caractère)…

Les chroniqueurs turcs en avaient conçu une inquiétude d’autant plus justifiée que, d’après eux, le pape venait prouver au monde occidental, en les provoquant à domicile, que les turcs n’étaient pas prêts à entrer en Europe : le cardinal Ratzinger ne s’était-il pas prononcé, par le passé, contre leur entrée au sein de l’Europe "chrétienne" ? (il faut dire que l’Europe est devenue l’obsession la mieux entretenue par la libido intellectuelle stambouliote, pour qui tout se juge à l’aune d’un seul fantasme : l’entrée de la Turquie dans le "continent" européen)

Or si le pape avait fait un évènement hautement controversé d’un voyage initialement destiné à des cuisines internes interchrétiennes, ce n’était pas à cause de ses positionnements eurosceptiques dénoncés dans les médias mais pour ses fameuses déclarations à Ratisbonne qui étaient alors allés droit au cœur du peuple musulman dont la Turquie, à la religion fraîchement réappropriée au dépens du kémalisme, faisait d’ailleurs partie. Dès lors, le pape ne venait pas voir les turcs, mais le musulman qui bouillonnait en eux. Il était décidé à profiter de la première occasion qui se présenterait à lui pour s’amender face à ce reste du monde qu’était, à ses yeux, le peuple musulman. Travail de titan s’il en est dans un pays majoritairement hostile à sa venue.

Pour cela, il devait tout d’abord désamorcer le turc avant de parvenir au musulman : car bien qu’en chaque turc il y ait bien un musulman qui s’agite, le turc en lui-même est une entité susceptible à part entière. Ce à quoi il s’attela le dimanche précédant son périple en vantant un peuple « dont l'histoire et la culture sont riches » puis, sitôt descendu de l’avion, en foulant les marches du mausolée d’Atatürk (passage obligé de tout touriste optant pour le voyage organisé).

 

 

 

Raison d’Etat

Jusque là, tout avait  suivit son cours dans l’ordre des choses, chacun s’en tenant à son rôle initial : le visiteur affable et l’hôte précautionneux. Jusqu’à ce qu’Erdogan, grâce au brutal sens du raccourci dont on le sait coutumier, rapporta que le pape s’était déclaré « favorable à l’entrée de la Turquie dans l’UE » ! Devrait-on pinailler sur les mots que dû prononcer Benoît XVI, vantant sûrement bien plus les bienfaits du processus d’adhésion que l’adhésion en lui-même ? Peu importe. Le fait est qu’au-delà des mots, la messe était dite : le pape s’était prononcé sur une question éminemment politique en tant que chef d’Etat européen. Comme tout bon chef d’Etat il avait, certes, son avis personnel, mais devait surtout composer avec la (sacrosainte) Raison d’Etat. Conscient du peuple chrétien qu’il croyait représenter, monseigneur venait faire acte de bonne volonté envers le peuple musulman, dans l’esquisse d’un même geste que celui de tous ces politiciens friands d’amitié entre les religions qui entendent sacrifier une Europe politique qu’ils ont pourtant pour seule prérogative sur l’autel de l’entente hypothétique des religions que permettrait l’adhésion turc (d’après eux, bien sûr).

Dans une Europe de politiciens s’occupant de religion, quoi de plus normal qu’un religieux s’occupant de politique ?

Un pape donnant son avis sur les questions politiques et devisant en chef d’état avec le peuple d’en face. Négociant la sortie de crise, en bon diplomate... Et se trompant de rôle.

 

Le pape n’avait pas à donner son avis sur des questions politiques. Il pouvait s’occuper de culte tant qu’il le voulait, méditer dans la Mosquée Bleue pour "marquer le coup", ramener la religion d’en face sous le toit d’un même dieu "conciliant", invoquer Marie comme figure tutélaire de la "réconciliation"… Mais il n’avait pas à mettre l’Europe dans sa balance.

Que pouvait-on attendre d’autre que ce nouvel exemple de perversion du pouvoir Vatican ?  D’un pape qui, roi religieux, s’est institué en chef d’état capable de donner un avis sur des sujets aussi étrangers à son domaine de compétence que la santé ou la politique internationale ? Rien.

 

 

 

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22 novembre 2006 3 22 /11 /novembre /2006 18:03

L’actualité des réparations

nota: cette commande d'un bihebdomadaire arménien n'a pas été publié en fin de compte...

 

Le 25 octobre 2000, un rapport sur la Turquie est présenté par M. Abdelfattah Amor, Rapporteur spécial de la Commission des Droits de l'Homme, lors de la 55ème session de l'Assemblée générale des Nations Unies: il s’agit des conclusions d’une mission d’experts indépendants décidée en 1995 et entreprise du 30 novembre au 9 décembre 1999 à Ankara, Istanbul et Mardin dans le sud-est de la Turquie et qui énonce le fait suivant : « selon ces experts, le parti Ittihat souhaitait créer une bourgeoisie nationaliste turque mais, face aux difficultés d'un tel projet, a profité des conditions de la première guerre mondiale pour éliminer en grande partie, en 1915, la communauté arménienne, et par la même, confisquer leurs biens et propriétés transférés à une nouvelle élite locale. »

Pour la première fois dans les annales onusiennes, la confiscation des biens arméniens est explicitement reconnue au niveau international, mentionnant de surcroît les responsables de ces expropriations, les moyens mis en œuvre, et le but recherché.

Dès lors, le volet des réparations acquiert une dimension primordiale dans la question arménienne, matérialisée, par exemple, par les retentissants procès intentés ces dernières années par les avocats californiens Mark Geragos et Brian Kabateck devant le tribunal de Californie et qui ont aboutis, d’une part, au versement en 2000 de 20 millions d’euros par le New York Life Insurance Company, et, d’autre part, en 2005, par une indemnisation de 14,4 millions d’euros négociée avec Axa (dont 11 millions ont été reversés à un fonds d’indemnisation et trois millions à des organisations caritatives arméniennes en France).

Pourtant, de leur propre aveu, les principales actions restent à venir : fin 2005, de passage à Paris pour finaliser l’accord avec Axa, les deux avocats ont dit détenir  « des preuves irréfutables » contre la Deutsche Bank ,  basée anciennement dans l’Empire ottoman sous le nom de « Deutsche Bank of Orient » et aujourd’hui première banque privée allemande. Cette fois-ci, ce ne sont plus des assurances-vie qui sont visées, mais « des dépôts d’argent, des coffres qui contenaient de l’argent liquide, des bijoux... » a précisé Me Kabateck. Me Geragos a ajouté que d’autres plaintes visant d’autres banques devraient suivre.

Parallèlement, les procès contre les assureurs sont amenés à se poursuivre, puisqu’une plainte a été déposée contre l’assureur Victoria, filiale du numéro deux allemand des assurances ERGO. « Une plainte bloquée parce que le gouvernement allemand est intervenu » qui n’a pas pu être « légalement  signifiée à Victoria », a indiqué Me Kabateck.

 

Par ailleurs, ceux-ci ont déclarés préparer « une action contre le gouvernement turc, concernant ce que les Turcs ont pris aux Arméniens, des biens, des propriétés ».

Ce qui serait un véritable tournant, puisque jamais encore le gouvernement turc n’a directement été inquiété par ces demandes de restitutions.

D’après certaines sources, les avocats comptent atteindre le gouvernement turc à travers une des actions intentées contre les banques, sachant que les gouvernements turcs de l’époque avaient tentés à plusieurs reprises de reprendre (avec succès ?) l’argent déposé dans les banques européennes par les arméniens tués [cf. FOCUS] arguant du fait que les arméniens, morts et sans héritiers, étaient des citoyens turcs dont l’argent ne pouvait logiquement revenir en dernier lieu qu’à l’État turc ; à l’image de Talaat demandant à l’ambassadeur américain H. Morgenthau d’intervenir auprès de la New York Life Insurance Company et de l’Equitable Life of New York pour qu’elles lui remettent la liste complète de leurs clients arméniens.

Ce volet financier des biens arméniens est l’angle le plus pragmatique et le plus pratique des réparations, ce qui en fait la partie la plus facile à mettre en œuvre : d’après des études qu’aurait effectué Laurenti Barseghian, directeur du Musée du génocide arménien de Yerevan[1], l'évaluation du préjudice financier subit par les arméniens à la suite du génocide de 1915 serait de l’ordre de $ 45 -50 milliards. Selon d’autres études, le total global des dommages s'élèverait, en francs de 1919, à 14,5 milliards. En francs d'aujourd'hui, cela se compterait en millions de milliards ![2]

 

 

Mais les réparations ne se limitent pas à de simples calculs d’apothicaires. Ce sont aussi et surtout un patrimoine et des propriétés qui, dans certains cas, font l’objet de traités signés avec l’administration ottomane. Les biens patriarcaux sont tout particulièrement concernés, puisqu’un inventaire, en 1914, les a précisément répertoriés[3]: les archives inédites du Patriarcat arménien de Constantinople pour les années 1913-1914 font ainsi état de 2538 églises, 451 monastères et 1996 écoles. « Aujourd'hui, en dehors d'Istanbul, les Arméniens ne possèdent que six églises, aucun monastère et aucune école », note Dickran Kouyoumjian, auteur du seul véritable travail de synthèse concernant les biens arméniens réalisé à ce jour.

Où sont donc passés ces 2500 églises ? Dans quelle mesure ce patrimoine peut-il aujourd’hui être sauvé ?

A défaut de pouvoir répondre à cette question, faute de l’existence d’un travail comparatif digne de ce nom sur la question des réparations, ces quelques données ont le mérite de nous permettre de nous rendre compte en quoi ce type de travail, de longue haleine, peut ouvrir de nouvelles perspectives dans le cadre du règlement de la question arménienne et parvenir, à terme, à ramener à la réalité tout un pan de nos possessions passées, pour préserver enfin ce qui peut l’être encore.

(cf. page ci-dessous pour le FOCUS et LES FAITS)

 

 

LES FAITS :

Les biens expropriés des populations arméniennes, à l’issue du génocide, vont aux populations turques voisines, par le biais de ventes fictives : « Les notables, qui avaient prospéré par le pillage, craignaient que les Arméniens reviennent récupérer leurs biens et se venger. Ce qui s’est effectivement produit, par exemple, dans la région de Cukurova, où les Arméniens survivants sont revenus avec les forces d’occupation pour reprendre ce qui leur appartenait. », relate Taner Akçam[4], sociologue et historien turc. Des « fermiers et des notables turcs » qui, comme le dit Mete Tuncay[5], chef du département d'histoire de l'université Bilgi, en Turquie,  « enrichis par la saisie des biens arméniens, sont devenus la base du nouveau régime. Ils avaient intérêt à cette amnésie collective». Ceux-ci ont d’ailleurs obtenu, le 14 septembre 1922, l’annulation de la restitution des biens arméniens qui avait pourtant été décidée le 8 janvier 1920. 

La confiscation des biens arméniens, loin d’être un simple effet collatéral du génocide,  représente en conséquence son parachèvement, justifiant l’institution de « l’amnésie collective » par l’Etat et servant de base, selon Taner Akçam, à l’édification de la république kémaliste[6], 

FOCUS :

Les 30 KG d’or déposées, selon André Mandelstam[7], « en 1916 par le gouvernement turc à Berlin à la Reichsbank, et reprises par les Alliés après l'Armistice, étaient en grande partie (peut-être en totalité) de l'argent arménien. Après la déportation des Arméniens en 1915, leurs comptes courants et leurs comptes d'épargne furent transférés, sur ordre du gouvernement, au Trésor d'Etat à Constantinople  »

Ces informations proviendraient du fameux Rapport Nansen[8], et pourraient ouvrir la voie, s’ils étaient confirmés, à des demandes de restitution auprès des pays alliés, responsables du transfert de l’argent arménien vers le Turquie.

 

 



[1] Déclarations présentes dans le film négationniste turc "Terrorisme arménien" (2003) et reprises par Haytert

[2] Cité par Dickran KOUYMJIAN in « CDCA, Actualité du génocide des Arméniens »,  Kévork Baghdjian, dans  « La confiscation », pp. 204-205, convertit ces chiffres en francs de 1987 (au taux de 33,5 francs actuels pour un franc de 1919) et parvient à un total de 489 050 000 000 de francs.

[3]« Les Arméniens dans l'Empire ottoman à la veille du génocide » publié en 1992 par Raymond Kévorkian et Paul Paboudjian et repris in « CDCA, Actualité du génocide des Arméniens », «  La confiscation des biens et la destruction des monuments historiques comme manifestations du processus génocidaire » de Dickran KOUYMJIAN

[4] Citation d’un article paru dans Le Monde Diplomatique de juillet 2001 sous le titre « Le tabou du génocide arménien hante la société turque »

[5] Citation d’un article paru dans l’Express du 29/09/05 sous le titre « Turquie
La mémoire retrouvée »

[6] « C’est la raison pour laquelle ces notables se sont rapprochés du mouvement de libération nationale et ont même pris l’initiative de l’organiser eux-mêmes »

[7] Docteur en droit international, Membre de l'Institut de Droit International et Professeur à l'Académie de droit international de La Haye, cité par Shavarsh Toriguian, The Armenian Question and International Law, Beyrouth: Hamaskaïne, 1973, pp. 107-108, citant André Mandelstam, La Société des Nations et les Puissances devant le problème arménien, réédition, Beyrouth, 1970, pp. 489-493 et repris in « CDCA, Actualité du génocide des Arméniens », «  La confiscation des biens et la destruction des monuments historiques comme manifestations du processus génocidaire » de Dickran KOUYMJIAN

[8] concernant les travaux du Haut Commissariat pour les réfugiés, présenté à la quatrième assemblée [de la société des nations] en 1922.

 

Communiqué de presse du FEAJD ( http://www.eafjd.org/) du 23/11/06

CAMPAGNE DE MOBILISATION

GENOCIDE DES ARMENIENS : LA DEUTSCHE BANK DOIT RESTITUER LES BIENS SPOLIES DES VICTIMES

Plus de 20 millions de dollars volés par la compagnie allemande en 1915

Des milliers de déportés arméniens réduits en esclavage sur ses chantiers

Une procédure judiciaire engagée

La Fédération Euro-Arménienne appelle les descendants des rescapés du génocide des Arméniens, les organisations de défense des Droits de l’Homme, les responsables politiques européens et l’ensemble des citoyens de l’Union à protester auprès de la Deutsche Bank pour les forfaits dont elle s’est rendue complice et dont elle a tiré partie à partir de 1915 et jusqu’aujourd ’hui.

Il apparaît en effet qu’à l’instar de la compagnie américaine New York Life et de la compagnie française Axa, la Deutsche Bank s’est illégalement appropriée les biens des victimes du génocide et a participé à l’entreprise de dépeçage de la nation arménienne entre 1915 et 1923.

Les estimations les plus récentes montrent que les Arméniens de l’Empire ottoman avaient plus de 20 millions de dollars de l’époque en dépôt auprès de la compagnie allemande. La Deutsche Bank n’a jamais restitué ces sommes auprès des ayants droits des victimes du génocide. Pire encore, près de 30 ans avant qu’IG Farben n’exploite le travail forcé des déportés juifs de Birkenau-Monowicz, la Deutsche Bank a également employé les déportés arméniens sur le chantier de la voie de chemin de fer Berlin-Bagdad (Bagdad Bahn) dont elle était alors propriétaire. Ceux-ci ont par la suite été exterminés lors des marches de la mort qui les conduisirent dans les déserts de Syrie.

La Fédération note que la Deutsche Bank se targue par la voix de son président de remplir ses « responsabilités sociales » qui sont bien évidemment incompatibles avec l’entreprise d’extermination, d’extorsions et de dissimulation dont elle se rend complice depuis 1915.

La Fédération Euro-Arménienne rappelle également que, pour des crimes analogues, la New York Life et Axa ont été condamnées à dédommager les héritiers des victimes du génocide, et qu’une procédure similaire est en cours à l’encontre de la Deutsche Bank.

Elle appelle en conséquence les forces vives de l’Union européenne à demander à la Deutsche de se conformer à ses principes en dédommageant les ayants droits des personnes qu’elle a spoliées.

Vous trouverez un exemple de lettre ci-dessous. Les courriers peuvent être envoyés par fax en allant sur le site www.deutschebankprotest.eu , ou peuvent être adressés à :

Dr. Josef Ackermann Deutsche Bank AG Taunusanlage 12 60262 Frankfurt am Main Germany

Le 22 novembre 2006

Monsieur le Président,

Par la présente, je viens vous faire part de mon désarroi face à la conduite de la Deutsche Bank, d’une manière générale envers l’Humanité, et plus spécifiquement envers les Arméniens. En particulier, je suis choqué par la façon dont votre banque a spolié les biens des Arméniens assassinés pendant le Génocide de 1915. Je suis également scandalisé par le fait que la Deutsche Bank ait employé les déportés arméniens en tant que travailleurs forcés pour la construction du Bagdad Bahn de 1915 à 1917.

Il est répréhensible qu’une institution financière qui jouit de la confiance de ses clients viole ainsi cette confiance. Vous déclarez précisément sur votre site Web que personne ne peut ni ne doit négliger ses responsabilités sociales. Comment pouvez-vous alors vous targuer d’une telle exemplarité quand votre compagnie a fait exactement le contraire en négligeant ses responsabilités sociales envers ses propres débiteurs.

Je vous demande en conséquence de respecter vos engagements et de restituer les avoirs spoliés des Arméniens. Vous réhabiliteriez la Deutsche Bank en la dédouanant de sa mauvaise conduite passée. Il est temps pour la Deutsche Bank de suivre l’exemple de la New-York Life et d’AXA et de restituer les biens qui ont été, à tort, détenu pendant presque un siècle.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le président, l’expression des mes sentiments respectueux.

 

 

 

 

 

 

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21 novembre 2006 2 21 /11 /novembre /2006 09:58

Depuis début août, Serge Avédikian est revenu dans la ville qui l’a vu naître : Erevan. Artiste français, il compte faire revivre un art mûrit en France dans la configuration exclusive que lui prête l’Arménie. Avec, pour toile de fond, les promesses suggérées par l’année de l’Arménie en France.

« RETOURNER » : un voyage à contresens de l’exil

Outre la pièce de théâtre qu’il a entreprit de monter avec une troupe de professionnels d’Arménie (voir ci-dessous), Serge Avédikian est aussi venu accompagner la sortie du film de Guédigian, « Le Voyage en Arménie », sur les écrans du Kino Moskva, ainsi que celui de son nouveau film, « Retourner », un documentaire qui retrace, sur vingt ans, le cheminement personnel du descendant qu’il est vers le village de Sölöz d’où ont fuit ses grands parents à l’issue du génocide, et sa rencontre avec ceux qui ont pris leur place. Allant au-delà de l’obsession génocidaire des diasporiques, il déterre les traces encore visibles du village arménien, se remémore les descriptions des paysages et de la vie d’alors à travers les mots de l’écrivain arménien Hagop Ochagan, un enfant du pays… Et, surtout, noue un dialogue d’égal à égal avec les occupants actuels du « Yeni Sölöz », littéralement « Nouveau Sölöz »,  tant et si bien que le film est aussi celui des habitants actuels du village, parties prenantes des efforts effectués pour retrouver l’arménien qui les a précédé. Si aucun d’eux n’accepte de dire le mot génocide, faisant de la négation du caractère de la disparition un principe sine qua non à leur présence à Sölöz, beaucoup d’entre eux, à l’image du jeune boulanger qui espère ouvrir un musée pour exposer les pierres sauvées par le vieux médecin du village, accompagnent avec bienveillance l’effort de Serge Avédikian pour retrouver un peu de ses ancêtres.

Un film sur le cheminement personnel en 3 voyages (1987, 2001, 2003) d’un homme accompli en quête de restes, s’achevant sur l’image symbolique d’un match de foot improvisé entre l’ancien Sölöz et le Yeni Sölöz, entre le cinéaste et les enfants du village, et par les paroles de cette petite fille turque qui se souvient : « mes grands parents m’ont dit… », comme en écho à la phrase qui a ramené l’enfant arménien dans ce village perdu de Turquie.

[publié dans NAM de nov 2006]

 

 

                                   pour plus d'infos voir sur http://www.serge-avedikian.com/

 

Après avoir été projeté en Arménie, où il a entre autre eu pour conséquence d’alimenter le débat sur le souhait de plus en plus prégnant de certains arméniens d’Arménie d’ouvrir leurs frontières avec la Turquie, le film Retourner sera projeté :

En fin octobre au festival de Montpellier

 

Le 26 novembre à La Villette dans le cadre du festival Mémoires arméniennes parrainée par le CRDA

Le 30 novembre à la cinémathèque de Grenoble

 

Le 1er décembre à Romans

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21 novembre 2006 2 21 /11 /novembre /2006 09:23

 

                                                                                                                                                

    

          Ce dimanche-là, à Erevan, Serge Avédikian peut enfin prendre la pleine mesure de la scène. Acculé au pied des planches, il se répand en de grands gestes amples, discutant âprement chaque mouvement d’âme de ses acteurs. Tantôt enjôleur, tantôt sec, veillant toutefois à ne jamais être catégorique ; jusque dans les moindres recoins de ses phrases qui ne s’achèvent jamais vraiment, laissant ses gestes dire le reste. Suggérant bien plus qu’il ne martèle, tangible. Accompagnant l’acteur là où sa propre sensibilité affleure…

Car si l’art, en soi, est toujours difficile, l’entreprise qui la sous-tend ici est particulièrement ardue : parvenir à rendre Les Caprices de Marianne, pièce en deux actes du poète et dramaturge français Alfred de Musset, après l’avoir passée au double crible de la langue arménienne et des acteurs arméniens, en veillant néanmoins à n’entamer ni le style de la mise en scène et de la langue d’origine, ni le respect dû à l’auteur et à la verve romantique qui le caractérise.

Pour cela, il aura fallu que Serge Avédikian fasse préalablement traduire le texte par Lilit Grigorian. Puis, sitôt arrivé à Erevan, qu’il se promène de théâtre en théâtre et de troupe en troupe, se présentant en tant que simple chargé de mission de l’ambassade de France, afin de dénicher les acteurs les plus accessibles aux termes peu communs du contrat artistique qu’il entend passer avec eux…

Car l’enjeu, que m’avait fièrement esquissé Serge Avédikian quelques jours auparavant autour d’un verre dans le café du Kino Moskva, est de taille : parvenir à monter la seule création originale conforme à l’esprit d’échange mutuel revendiqué par les théoriciens de l’année de l’Arménie.

Ce dimanche-là, donc, cela fera presque deux mois que le metteur en scène français et sa nouvelle  troupe d’élection, les jeunes acteurs de Hamazgaïne, travaillent d’arrache pied. Alors que ces jeunes artistes étaient habituellement conditionnés à s’approprier les textes au cours de lectures communes,  pendant un laps de temps relativement long (et inégal) de 6-7 mois, leur nouveau metteur en scène les a astreints à 20 jours de répétitions intensives réparties sur deux mois exclusivement consacrés à un travail débordant le simple cadre textuel et scénique : chaque séance commence par un peu de Tai-chi, cette gymnastique chinoise caractérisée par des mouvements lents effectués selon des schémas précis, leur permettant ainsi d’appréhender l’enchaînement naturel de chacun de leurs gestes sur scène. Parfois, prenant le prétexte des chants que les acteurs entonneront dans la pièce (dont l’action se déroule à Naples), Serge les entraîne dans des rounds d’improvisation de chants napolitains, les familiarisant avec l’esprit du lieu où ils camperont leurs personnages. L’approche de l’apprentissage du texte est résolument ludique, tournant le dos à la pratique du bachotage préalable imposé par de nombreux metteurs en scène arméniens ; et le jeu engage l’acteur en tant que personne physique et psychique pour un rôle qui n’en est plus vraiment un, débordant la simple séparation formelle entre l’acteur et le personnage revêtu, le rôle ne se contentant plus de ne s’en prendre qu’au corps.

La question que se pose Serge en conséquence, dans le droit fil du théâtre français avant lui, est : « comment arriver à sortir ces acteurs de l’expressionnisme dont ils sont coutumiers, de cette obstination à vouloir faire sentir au spectateur, à vouloir en permanence lui dire "Là, il faut rire ! Là il faut s’émouvoir !", imposant l’émotion là où la susciter suffirait amplement ?».

Car ce qui vaut pour une farce ou une tragédie - les genres-monopoles du théâtre arménien de l’après indépendance - ne vaut pas pour le genre d’action simple et épurée que la pièce de Musset, portée par le pragmatisme de Marianne sur un fil égal et constant, suggère. Les brusques accès de lyrisme méridional doivent détonner avec le reste du jeu, marquer leur différence. Il faut que le relief puisse se décoller d’un jeu plein d’une construction intériorisée.

C’est pourquoi ce n’est plus seulement le simple acteur qui est ici sollicité, mais aussi  la personne capable de digérer son rôle, de fusionner avec la réalité de son personnage, « pour ne pas radicaliser son rôle, ne pas percuter ou fermer les mots ni appuyer leur sens », dixit Serge Avédikian. Car, autrement, comment parvenir à jouer l’"insouciance", thème central de la pièce, ainsi que sa perte irrémédiable ?

Oui, on peut dire que l’épreuve des acteurs face au texte a été un point d’achoppement central du travail de Serge Avédikian. Mais il ne saurait se limiter à ça : l’acteur n’a pas à abdiquer face au texte ; car s’il a effectivement le devoir de la porter de la façon la plus approprié, le texte, dans ce cas précis, a aussi un travail d’approche à réaliser.

La traduction, très fidèle, du texte français en arménien n’a pas permis d’en saisir toutes les subtilités. Si le texte de Marianne a été relativement facile à traduire sur feuille, puis à traduire sur scène, les subtilités de certains discours sur l’amour ou la mort  propres aux jeunes romantiques gravitant autour de Marianne (Octave, Coelio) ainsi que les jeux de mots et d’image du puissant et riche mari de Marianne (Claudio) n’ont pas résisté au changement de langue : le texte, sacrifié parfois, laisse alors l’ascendant à un jeu rendant plus accessible telle ou telle nuance ou expression française. Leur traduction n’est alors plus seulement écrite, mais physique ; le texte prenant en compte le jeu des acteurs de la même manière que ceux-ci prennent en compte ses impératifs de jeu.

L’exercice vaut surtout pour cela et Serge en a d’ailleurs tenu compte: l’aller retour consenti par chacun des protagonistes entre le français et l’arménien, au-delà d’un simple problème linguistique, est devenu une constante dans chacun des rouages de l’entreprise de réalisation de la pièce. Les acteurs doivent en permanence être ce qu’ils jouent, naviguer entre leur personnage et leur rôle…. Tant et si bien qu’au début de la pièce, c’est en tant qu’acteurs qu’ils entrent en scène, jouant leur condition d’acteur avant de devenir, sur scène et devant les spectateurs, les personnages d’une pièce.

Aucun des acteurs ne sortira d’ailleurs de la scène, accentuant le sentiment d’un temps continu dans lequel il n’y a plus la rupture entre l’acteur et son rôle, puisque celui-ci se doit de vivre en permanence son personnage.

 

Reste à savoir ce que sera la part de travail du spectateur : qu’il soit arménien ou français, son point de vue, son ressenti, l’effort consentit ne sera pas le même.

D’Erevan, en octobre 2006, à Paris, en printemps 2007 (avec les surtitres français en prime), l’intérêt ne se portera pas sur les mêmes choses; et une même pièce, soupesée par chacun des deux peuples, témoignera sûrement du fait qu’il s’est fait de chacun d’eux. C’est en cela surtout que cette pièce est une des initiatives les plus emblématiques de l’année de l’Arménie.

 

Après avoir été joué au théâtre Stanislavsky et au théâtre Hamazkaïne d’Erevan, en octobre, la pièce Les Caprices de Marianne, mis en scène par Serge Avédikian et joué en arménien par la troupe Hamazkaïne   d’Arménie, entamera, courant 2007, une tournée dans plusieurs grandes villes françaises dans le cadre de l’année de l’Arménie en France. Tenez-vous informé !

[publié en nov 2006 dans NAM]

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22 août 2006 2 22 /08 /août /2006 20:40

ARM – 1925– 35 mm – 1/1.37 – N & B – 74 min env.

Adapté d’un drame de Chirvanzadé, ce film muet de Hamo Beg Nazarian  est  le premier chef d'oeuvre du cinéma arménien (et son premier succès). L'intrigue se déroule dans la petite bourgeoisie arménienne de 1900, en milieu rural, et relate une histoire d'amour tragique en but aux archaïsmes et aux codes d’honneurs. Les arméniens d’Arménie le qualifient (pour rire) de premier film érotique arménien.

 

 

 

 

 

L'Honneur des hommes est la fatalité des femmes.

Une morale en forme d'épitaphe, aux pieds de l'histoire, avec Sousanna pour tombeau: le premier film arménien fut dédié à la condition de la femme... Quel symbole!

Dans une Arménie reprise par les soviets, où le monde ancien des Giours s'apprêtait à troquer ses chaumières désormais vides pour les bétons mornes d'une vie sans teint, ce film fut le témoin de la réminiscence d'un présent anachronique que les hommes cultivaient encore : que le monde change, et l'homme restera; à croire que l'éternité s'est trompée de camp. 

Soussana fut tour à tour objet de désir, de haine, d'amour, de convoitise, de commerce. Et d'Honneur... 

 

Or qui, parmi les personnages du film,  a-t-il, mieux que cet objet, atteint autant d'états humains, de sentiments contrariés, ainsi soumis à s'abîmer l'âme contre le souffle cinglant des hommes? La minuscule qu'a l'homme soustrait de l'Homme ne tient pas au seul hasard des mots.

Car au delà des ombres projetées sur la toile de ce film, il y a là une réalité palpable au-delà de tout son que ce cri muet restitue aujourd’hui intact.

 

 

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13 août 2006 7 13 /08 /août /2006 22:39

The Araz in me ?

En avril dernier, la jeune et jolie Araz Artinian et son documentaire, « The Genocide in me », se donnaient en spectacle dans trois centres culturels arméniens de Paris.

Araz entamait alors une tournée européenne remarquée dans le petit microcosme arménien après avoir écumé les MCA de Glendale, New York ou encore Montréal, sa ville natale, son complexe d’Oedipe arménien sous le bras.

Partant de la problématique « Pourquoi papa ne veut-il pas que je me mette avec un non arménien ? », elle filmait sa famille, son père intransigeant et franchouillard, et sa révolte formelle face au patriarche en larmes, avant d’entamer un retour aux sources en Arménie turque pour montrer que, niveau arménité, elle avait de qui tenir.

Ce documentaire en deux parties distinctes permettait au spectateur de ne retenir que sa part à soi ; les uns se reconnaissant dans la fille en rupture, alors que les autres ne se bornaient, dans la limite de leur compréhension, qu’à la partie « carnet de voyage du génocide ». Deux parties qui, malgré un savant montage de 3 ans, n’arrivent pas à se répondre correctement, comme s’ils ne traitaient pas du même thème.

Pourquoi donc la petite Araz , après avoir soutenu devant son père et la caméra qu’elle se marierait avec un canadien si elle le voulait, se mettait-elle à interviewer les derniers rescapés puis à visiter les ruines arméniennes de Turquie ? Pour se justifier face à son père de l’obsession qu’elle s’était inventée pour faire face à son obsession à lui…

Lorsqu’on se sent obligé de faire un documentaire pour démontrer à papa, à coup de témoignage et de voyage initiatique, qu’on est assez grande et capable pour porter seule la transmission à ses enfants pour que papa veuille bien laisser sa fille se marier avec un non arménien ; c’est aussi une faiblesse en soi. Car toute obsession est une faiblesse.

En un mot, j’ai trouvé ça gamin. Moi, le jeune arménien issu d’un couple mixte et arménophone, je n’ai de plus pas adhéré au thème, étant au-delà de sa problématique immature (un peu comme son fils à venir « qui aurait réussit » sic.).

 

Pourtant, ce docu est loin d’avoir été inutile pour tous : s’il n’a pas (dans un premier temps ?) permit à Araz de trouver un mari (elle a depuis vécu quelques mois avec un canadien avant de le larguer pour "inadéquation"), il a eu l’intérêt, majeur, de susciter le coming-out de nombreuses autres Araz qui, pour certaines en larmes, sont allées lui dire à l’issue des projections qu’elles étaient dans son même cas, révélant le portrait type de ces générations écartelées qui veulent à tout prix être, comme elle le dit en conclusion : « Arménienne(s) , oui, mais libre(s) » en réaction à des parents qui leur ont appris qu’être arménien, ce n’était pas être libre.

 

Le jour où tous ces gens-là seront aptes à considérer qu’être arménien en France ou au Canada rend deux fois plus libre que le fait d’être simplement français ou canadien, ce sera gagné…

Et c’est ce jour-là, enfin, qu’Araz n’aura alors plus « le génocide en elle », puisque c’est au génocide que son père et elle se sont enchaînés.

 

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13 août 2006 7 13 /08 /août /2006 04:06

"l'une des trois plus belles villes du monde" André Malraux

Ispahan, mai 2005

Je pourrais essayer de détailler, dès le début, toutes les étapes des premiers jours, depuis Téhéran de nuit, ses bruits de klaxon et de cris, ses jeunes qui, chaque soir, s’improvisent des road movies sur les grandes artères qui cravatent la capitale depuis l’aéroport, son odeur âcre de naphte brûlé qui nappe d’une fumée grise le ciel et les montagnes alentour, la pluie du matin qui a crée des torrents de boue où sautent des passants sans se soucier des éclaboussures, puisque l’espoir serait vain tant l’asphalte, sans égout ni parterre, a étouffé le sol sous son étau sombre.

Je pourrais aussi bien débuter par Chiraz, qui, à la notable différence de la capitale, et, bien qu’il lui manque la rumeur d’une ville en perpétuelle ébullition propre à Téhéran ; a la nature qui manque à ce dernier.

Les jardins de Chiraz, que l’oranger embaume, se rayent de l’ombre des cyprès afin de servir de refuge aux voiles qui se dévoilent la nuit, à l’heure où seul le gargouillis de l’eau qui glisse dans les sillons de terre mouillée traverse la quiétude des étendues noires de la verdure endormie.

 

Mais seul le désir de revivre Ispahan m’a décidé à confronter mes mots aux souvenirs de la journée qui me l’a révélée et dont je me propose de retarder la fin.

Ispahan. « La moitié du Monde ». La plus ancienne des villes modernes.

Ici, à la différence de Chiraz, les jardins sont la ville et s’ouvrent sur les rues, s’étendant, en une bienveillante étreinte, du fleuve qui serpente en son sein jusqu’aux quartiers qui l’environnent.

Les rues à contresens ne se font pas face : ils s’écartent de part et d’autre d’une bande boisée, où les pavés supportent des bancs et des fontaines désœuvrées qui se désolent dans l’ombre en attendant le soir. Puisque c’est au crépuscule, plus qu’en plein jour, que la ville bruit de la jeunesse qui s’éveille et s’ébroue au bord de l’eau ou des pelouses alentour.

 

La ville est un voile qui, au contraire de l’autre, rend son assurance à une jeunesse que la société entrave.

A croire qu’elle se joue même de ses chaînes : les jeunes femmes ont recrée le charme que le voile leur dérobe, en une grâce peu commune due à la recherche mesurée de sophistication par leur manière de se vêtir, de se redessiner légèrement le contour des yeux et des lèvres, ou d’arranger négligemment une mèche noire sur leur front.

 

 

 

Au palais Tchétrel Sotun, trois jeunes demoiselles m’ont tourné autour pendant quelques minutes : entre deux œillades, elles gloussaient entre elles, m’observant par-dessus leurs épaules. Elles ont poussé l’audace jusqu’à tenter de soutirer des informations me concernant auprès de ma sœur. Cette effronterie charmante m’aurait retourné mon jugement au gré de mon égo, comme tant d’occidentaux qui, au contact de perceptions étrangères, qu’ils confrontent aussitôt à la piètre connaissance qu’ils ont des sentiments, s’orientophilisent outrageusement jusqu’à rejeter leur société d’origine pour se complaire dans l’éternel rôle, menteur mais si plaisant, de l’étranger amoureux d’un Orient qu’il n’aime qu’en comparaison à un Occident où il n’avait jamais su trouver sa place légitime.

Ainsi, s’il fallait comparer les iraniens aux français, exercice dangereux, traître, qui ne pourrait que tremper un jugement bâtit sur un semblant d’expérience qui n’est autre que de l’ignorance déguisée par le mince rideau chatoyant des apparences ; je me bornerais à supposer que, si le français est libre à l’extérieur sans l’être à l’intérieur, l’iranien, à contrario, est libre à l’intérieur sans l’être à l’extérieur.

Lequel des deux est-il le plus moral, le plus désirable, ou –que sais-je- le plus intéressant ?

Creuser plus avant en tentant de formuler ce genre de questionnement et, plus encore, y répondre reviendrait à être amené à emprunter les chemins piégeurs que le monolithisme culturel de l’occidental ignorant fait prendre à ces étrangers dont le but est autant la visite d’un autre univers que celui, moins avoué, d’un autre soi-même plus accommodant et agréable à porter, même s’il ne lui correspond pas. Ce caractère influençable et faible pourrait être imputé au seul déclin culturel de l’occident, à son incapacité à s’approprier et à intégrer tous ses sujets, s’il n’y avait pas, dans un rapport de désirs qui, culturellement, diffère, mais suit une dynamique très semblable, la même attirance plus ou moins destructrice, sur le plan identitaire, de la jeunesse iranienne envers l’occident, ce qui amène (je ne suis pas dupe) les jeunes iraniennes à jauger les nouveaux venus avec d’autres yeux.

Bref, comme je ne l’ai pas fait jusque là tout en me promettant de m’y tenir, je me bornerais à vous décrire Ispahan du point de vue de l’étranger que je suis (et seulement de ce point de vue-là, sans entrer dans la sphère de ma description autre que par l’évocation brute de mes perceptions).

Ispahan est une place, la place « Miroir du Monde ».

Le soir, comme toute jeune iranienne s’apprêtant à papillonner dans la nuit, elle se revêt de l’or des lumières. Le soleil, lui, accentuait la sophistication esthétique que revêtent ces frises, détaillant chaque ciselure calligraphique, chaque cambrure architecturale, chaque contraste de couleur, jusqu’au bleu dominant, dont les tons changeants s’étendent du sombre bleu nuit au clair turquoise.

Mais, une fois l’astre du jour disparu, toute cette précision admirable se meut en une lueur imprécise et féerique, absorbant les dômes, les façades de la Djamé aux milles teintes dans un même mirage lumineux, ce qui rend le long tapis de la place qui se déroule à ses pieds plus étendu encore.

Le reste de la ville, lui, guidé par la fraîche rumeur du vent dans les feuilles des multitudes d’arbres qui respirent à la lisière du fleuve calme, se partage les vieux ponts et les pelouses.

Les jeunes en quête d’autres papillonnent bruyamment sur les ponts pédestres Sio sé pol et Khajou.

 Sio sé pol, le pont aux 33 arches, a deux étages : le premier, qui fait plancher, effleure l’eau qui glisse à la surface d’un surplomb de pierre pour se jeter, tel un large ruisseau dans un lit : on y sert du narguilé et le thé sur des tapis tendus entre les deux horizons du fleuve.

Sur Khadjou, le 2nd étage, par-dessus les premières voûtes, laisse le passage lent et las des familles en promenade et celui, plus furtif, des groupes de jeunes qui vont par sexe, farouches, le verbe et le regard aussi vifs que discrets, l’un se distrayant de l’autre.

En-dessous, le 1er étage est comme une marche de plus dans l’audace et la suggestion du désir des jeunes à se retrouver enfin : une marche qui rapproche de l’enfer de la tentation, énonceraient doctement ceux qui les ont si bien échauffés sans le vouloir.

 

Ici, c’est un groupe de garçons qui braille des chants, réunis en une ronde bruyante autour d’un espace vide où chacun fera la démonstration de ses talents de danseur, sous les regards amusés des filles qui, une arcade plus loin, suivent attentivement ces curieuses parades tout en faisant mine de s’en désintéresser.

Là, quelques garçons téméraires traversent, pieds nus, la largeur de la rivière au pied du pont, là où elle est à fleur de marbre.

Enfin, autour de ce manège plaisant et enfantin, des familles entières somnolent, étendues sur des tapis posés à même la pelouse, un mari posant sa tête fatiguée sur les jambes de se femme, les enfants bruissant autour d’un ballon ou d’un jeux de cartes. Comment ne pas songer, non sans une pointe d’ironie, que les tourtereaux qui s’ébattent sur le pont seront, dans quelques années, étendus nonchalamment sur les pelouses avec leur portée ?

Ainsi va la vie à Ispahan, dans la quiétude tiède qui, des gens et du temps, a fait une ville.

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12 août 2006 6 12 /08 /août /2006 23:54

 

…les négationnistes parachèvent le génocide culturel du Nakhitchevan

Les Khatchkars du Nakhitchevan ont été victime, en décembre dernier, de la volonté d'Etat de l'Azerbaïdjan d'effacer les derniers restes de la présence arménienne dans cette région occupée de l'Arménie historique. Ces vestiges arméniens, devenus, en l'espace de 90 ans, les dernières traces "vivantes" de la présence passée d'un peuple en son pays, témoignent aujourd'hui de la volonté négationniste d'un Etat en passe de réaliser pleinement un génocide culturel vieux de 85 ans.

 

 


Les Khatchkars sont des arméniens rivés au sol. Eux, n'ont pas eu le choix de l'exil. Derniers témoins d'un pays sans peuple, ils demeurent ce qu'ils ont toujours été : nos racines de pierre, que pas même le temps n'a réussit à arracher des plaines qu'ils jonchent de leurs ombres symboliques.

Symboles d'une culture, dont ils furent le plus majeur des arts mineurs ; créatures d'un art singulièrement arménien.

Peu de peuples peuvent ainsi s'enorgueillir d'avoir un art qui n'appartienne qu'à eux... Le nôtre est de ceux-là. Et c'est la raison pour laquelle, aujourd'hui, l'ennemi leur dispute leur relative éternité.

Derniers arméniens du Nakhitchevan, de Rostov ou de Mouch, ils seront aussi les derniers martyrs d'un génocide qui ne s'est jamais achevé, faisant d'eux les symptômes ultimes de la disparition de notre culture.

 

 

 

10 Décembre 2005. Des bords du fleuve Araxe, à la frontière entre le Nakhitchevan, enclave occupée par l'Azerbaïdjan, et l'Iran, quelques personnes aperçoivent près de 150 soldats azéris s'affairer au milieu du cimetière de Khatchkars de l'ancienne Djougha (aussi appelée Djoulfa), sur la colline d'en face. L'espace de quelques jours, ceux-ci vont être brisés à coup de pioche et de massues, charriés dans des camions et précipités dans l'Araxe.

Des oeuvres de cinq siècles effacées en cinq jours.

 

L'Ambassade d'Arménie en Iran est la première prévenue. Elle informe aussitôt Erevan et ameute l'opinion arménienne, dont les réactions ne se font pas attendre. Venus d'Arménie ou du Liban, les médias arméniens viennent constater, la caméra au poing* et la rage au ventre, la destruction en oeuvre.

Aram Ier, catholicos de la Grande maison de Cilicie, envoie une lettre au président de l'Unesco pour demander l'arrêt immédiat de ces agissements assassins.

Par la suite, c'est au tour des associations arméniennes de monter au créneau tous azimuts, dans l'espoir de faire réagir les autorités (in)compétentes : Le CDCA, la FRA, le CCAF, VAN lancent des campagnes d'envoi de mails aux ministères des affaires étrangères et de la culture.

Terre et culture, le CNA et bien d'autres organisations culturelles envoient des communiqués à l'intention de l'UNESCO et du Conseil de l'Europe. L'ANCA (CDCA américain) fait appel à l'ambassadeur américain en Azerbaïdjan. Une délégation du CDCA rencontre, au Liban, le chef arménophile de la délégation de la commission européenne au Liban, Patrick Renauld.

 

 

 

Les autorités arméniennes, de leur côté, ne ménagent pas leur peine. Vartan Oskanian, le chef de la diplomatie arménienne, saisit l'UNESCO et attend vainement une hypothétique réponse de l'organisme culturel de l?ONU, qui dispose d'un pouvoir important face à l'Azerbaïdjan.

Le membre arménien du Conseil de l'Europe Shavarch Kotcharian a, quant à lui, appelé l'APCE (assemblée parlementaire du Conseil de l?Europe) à envoyer une commission d'enquête à Djoulfa.

Enfin, à l'étranger, la chambre des Lords, en la personne de la baronne Caroline Cox, sa vice-présidente, présente, début janvier, une motion demandant au gouvernement britannique de saisir l'Unesco. Des ONG et des historiens étrangers ont eux aussi réagit vivement, à l'image de l'ICOMOS, ONG canadienne de préservation des monuments, qui a établi et adressé un rapport détaillé à l'Unesco.

Réactions...

En vain.

« Il y a un certain nombre de travaux faits dans les coulisses de l'organisation, mais il semble qu'à l'heure actuelle aucune décision ne soit réellement prise », constate très diplomatiquement Vartan Oskanian, le 10 Janvier à Erevan. L'Unesco ne répondra pas.

Le gouvernement britannique, de son côté, refuse de soulever la question dans cette instance, disant savoir que le gouvernement arménien l'a dors et déjà fait. Une perte de temps, donc.

Le  parlement européen, quant à lui, adopte, dans une résolution sur la politique européenne de voisinage, un point sur l'évènement, invitant « les autorités azerbaïdjanaises à mettre fin à la démolition actuelle de cimetières médiévaux arméniens et de croix historiques sculptées dans la pierre au sud du Nakhitchevan ».

Enfin, le 24 janvier, l'APCE, par l'intermédiaire de son rapporteur général, Edward O'Hara, accepte le principe d'une visite dans les cimetières arméniens de Djoulfa (espérons que, par la suite, il voudra bien accepter le "principe" d'avoir à prendre l'avion, d'acheter le billet, de descendre de cet avion, d'aller jusqu'à Djoulfa, d'arriver à flanc de colline et, enfin, d'ouvrir les yeux pour contempler ce qu'on ne peut dorénavant plus contempler là-bas)...

Il a aussi été question d'une hypothétique mission d'inspection de l'APCE en mai prochain sur place. Un inventaire après destruction, en quelque sorte...

Dans un souci d'exhaustivité, notons pour finir l'hallucinante réponse donnée par l'ambassadeur d'Azerbaïdjan aux Etats-Unis, Hafiz Pashaev, aux coprésidents du groupe de l'Arménie au Congrès américain Joe Knollenberg et Franck Pallone : « les sources n'ont pas été vérifiées », ajoutant que le ministre azéri de l'information (si si ça existe) l'a assuré que de tels faits n'avaient jamais existé. Le négationnisme n'a plus de scrupules à se répandre officiellement, après une non moins officielle destruction de Khatchkars par les soldats réguliers d'un Etat. Et tout ça parce que l'inertie est la pire des actions face au crime. D'ailleurs, ajoute-t-il, il y a « près de 30000 arméniens vivant actuellement en Azerbaïdjan, où l'on a à coeur de protéger les monuments de culture, d'histoire et d'architecture ».

Faisons donc comme nos institutions, et laissons le mot de la fin au bourreau, puisque plus personne ne cherche à le contredire.

Histoire et précédents

Le Nakhitchevan, région historiquement arménienne, a été rattachée arbitrairement à l'Azerbaïdjan par le traité soviéto-turc du 16 Mars 1921 signé  à Moscou, annulant les traités de Brest-Litovsk et d'Alexandropol. Par ce traité, la nouvelle Russie soviétique cède à la Turquie kémaliste les sandjaks de Kars et d'Ardahan ainsi qu'une partie de celui de Batoum et consacre sa stratégie de division des pays-nation en remettant un Nakhitchevan peuplé à 80% d'arméniens à l'Azerbaïdjan. S'ensuit une politique de nettoyages ethniques, de pogroms et d?exils forcés de la population arménienne hors de cette "région autonome azérie". Aujourd'hui, n'y subsistent plus que quelques vieux arméniens et les Khatchkars.

Ces derniers, à présent, sont partit à leur tour.

Cette région avait déjà, par le passé, été victime d'une grande déportation de centaines de milliers de personnes, en 1605, organisée par le Shah Abbas Ier d'Iran, conduisant à la création d'une des plus vieilles et plus florissantes diasporas arméniennes, le Nor Djougha, à la périphérie d'Ispahan.

En 1998, déjà... les azéris avaient débutés la destruction de ces mêmes cimetières, allant jusqu'à utiliser les bulldozers, fin 2002. Ils n'avaient arrêté qu'après l'intervention de l'Unesco. Avant de reprendre et d'achever le travail fin 2005.

 

 

Les Khatchkars de Djoulfa...

Caractéristiques d’une époque et d’un lieu particuliers, les Khatchkars de Djoulfa (Hin Djougha) et du Nor Djougha sont très différents de ceux de Jérusalem ou du reste de l’Arménie historique : souvent divisés en plusieurs panneaux, très travaillés, ils ont un arc en forme d’accolade (et non arqué). Ceux de Djoulfa sont, en outre, à usage strictement funéraire.

 

 

 

 

 ... Et d’ailleurs.

En tant que témoins les plus fidèles de la présence arménienne (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle la plupart des villes françaises à forte concentration d’arméniens en ont un), les Khatchkars sont des victimes très prisées des négationnistes mus par la volonté d’effacer toute trace arménienne ; et les cas de destruction ne se limitent pas au précédent spectaculaire du Nakhitchevan ou à la Turquie.

Ainsi, en Géorgie, les églises arméniennes "restaurées" à la mode géorgienne ont leurs Khatchkars subtilisés ou recouverts de plâtre. Comme en Syrie, où les Khatchkars des églises rupestres d’Aramo ont été recouverts de chaux. Ces actions s’inscrivent évidemment, pour ces deux pays, dans le cadre d’une politique étatique d’homogénéisation nationale; le négationnisme étant un des moyens les plus efficaces de la mener à bien.

Enfin, en guise d’anecdote, sachez qu’on entre dans la Maison de la Culture de Rostov-sur-Don, en Russie, érigée pendant la période soviétique, après avoir monté les marches du perron. Lesquelles marches sont en fait des blocs de Khatchkars retournés...  

 

A croire que, comble d’une ironie monstrueuse, des Hommes aient pensé que, pour s’élever vers la Culture, il fallait la piétiner un peu.

 

[Article publié dans le périodique du Nor Seround Haïastan n°641 de mars-avril 2006]

Attention: cet article a été écrit en Février 2006. Les derniers développements n'y figurent sans doute pas. Mais je ne me fais pas de souci... Il ne doit pas y en avoir eu beaucoup depuis!

 

EPILOGUE : les photos que je joins à ce texte démontrent que le Cimetière de Hine Djougha, l’Église de Bomplose, le Monastère Sourp Aménaperguitch et l’Église Rouge, des monuments arméniens ayant eu 900 ans d’histoire au Nakhitchévan, n’existent plus :

ils ont été transformés en champ de tir pour militaires azéris.

http://www.imprescriptible.info/djoulfa/epilogue.htm

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12 août 2006 6 12 /08 /août /2006 23:33

À la tête d’une équipe formée d’amis de longue date, Neil (De Niro) attaque un fourgon blindé et s’empare d’une somme importante en obligations. Toutefois, le  nouveau de l’équipe perd son sang-froid et abat les trois convoyeurs. Neil décide de se débarrasser de ce complice peu fiable, mais celui-ci réussit à s’échapper avant d’être exécuté.

S’ensuit un face à face haletant, dans les rues froides de la Los Angeles nocturne, entre un policier intègre obnubilé par son boulot (Al Pacino) et Neil, acculé à son travail de l’ombre, tous deux tentant sauver dans un même temps leur vie privée respective… Jusqu’au face à face final, prévisible, qui décidera de qui aura le dessus sur l’autre.

Le seul film réunissant Al Pacino et Robert De Niro,réalisé par le maître du maître du genre, Michael Mann.

 

Pourquoi s'attarder sur les états d'âmes lorsqu'il suffit de contempler l'immoral fracas des hommes comme une danse macabre qu'aucune absolution, fut-elle femme, ne supprime?

On ne nous attend pas au bord du précipice, le temps semble trop court pour que la didactique prime sur l’histoire. Le seul parti pris se fait dans la suite des pas qui poursuivent leurs empreintes, où se reflète un sang qui ne nous atteint pas.

Dans le reflet de leurs moitiés perdues, c’est leurs crimes qu’ils retrouvent, comme un pendant cruel à leur désir d’aimer.

L’un et l’autre dérivent, ensemble, vers la même fatalité ; et pour nous, spectateurs, que le cadre a happé hors du décor face aux deux assassins, rien d’autre ne compte plus que l’espoir dilettante qu’ils se déshantent.

Car de ces caractères dépend toute l’essence du déroulement de l’intrigue, par delà les actions qui les ponctuent dans l’instant même des actes, car la facture sublime de la froide métropole où tout le drame s’incruste est tel un écrin sombre où plusieurs êtres se consument dans leur fatalité…

Jusqu’à ce que chacun d’eux épargne sa part d’humain, dans un geste d’abandon qui lui en rend un peu, faisant mentir le film, qui, d’implacable, s’est fait sensible.

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