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24 février 2007 6 24 /02 /février /2007 11:21

Hrant Dink, fils aîné de Gülvart[1] et Serkis Dink, surnommé Hashim le tailleur, est né à Malatya, en plein cœur du plateau anatolien, dans le quartier alevi de Cavusoglu.

A l’âge de 7 ans, le petit Hrant et ses deux jeunes frères, livrés à eux-mêmes suite à la séparation de leurs parents, quittent Malatya pour Istanbul. Les trois frères vont errer pendant trois jours dans la ville, avant d’être retrouvés et placés dans l’orphelinat arménien du quartier de Gedikpacha. Hrant y restera pendant dix ans et y rencontrera sa femme, Rakel, une arménienne kurdisée suite au génocide de 1915, à qui il apprendra l’arménien et le turc.

Nous sommes à l’époque difficile des attentas de l’ASALA[2], et le jeune Hrant, après des études universitaires de biologie et de philosophie, milite alors brièvement au parti communiste, alors interdit.

 

Il est d’ailleurs arrêté et torturé après le coup d’Etat du 12 septembre 1980[3], suite à un faisceau ténu de suspicions : un voyage à Beyrouth (alors fief de l’ASALA) de son frère, le mot "ermeni" inscrit sur sa carte d’identité, ses sympathies "gauchistes"… A partir de cette époque-là, il sera arrêté et interrogé à plusieurs reprises, son nom étant connu et fiché par les services de renseignement turcs. 

 

Avec sa femme, Dink s’occupe alors d’une école arménienne pour orphelins qui sera confisquée par l’Etat turc : cet évènement sera sa première expérience majeure en tant qu’arménien, marquant du même coup sa prise de conscience politique en tant que minoritaire dans un pays qui se dit homogène. Pendant son service militaire à l’infanterie de Denizli, Hrant tentera d’accéder, comme tous ces camarades, au grade de sergent : mais, malgré sa réussite à toutes les épreuves, le mot "ermeni" l’empêchera d’être considéré autrement que comme un sous-citoyen.

 

Puis vient la question kurde, une période sombre où « les arméniens de Turquie vivent dans la crainte, terrés chez eux ». Le terme arménien est alors une insulte, une ministre traitant par exemple le chef du PKK[4] de « sperme d’arménien ». Dans ces périodes troublées, Dink va développer une réflexion de conciliation visant à désenclaver les arméniens et ouvrir la société turque à ses minorités, qu’elles soient arménienne, kurde, alévie…

Un cheminement intellectuel qui aboutira à la création du quotidien AGOS, publié en turc et en arménien et distribué à terme à 6000 exemplaires. La tête de pont d’un combat, qui sera présente lorsque les intellectuels turcs commenceront à s’ouvrir à la question arménienne, et dont le but avoué est d’accompagner le travail de démocratisation de la société civile et politique turque.

Son combat culminera en septembre 2005, pendant la fameuse conférence universitaire d’Istanbul consacrée aux arméniens où la question du génocide est abordée sans tabous.

 

Sa mort, le 19 janvier 2007, n’est que l’aboutissement d’une vie vrillée en plein cœur d’un pays : La Turquie. Et qu’on a tenté –une dernière fois- d’extraire.



[1] "Gül" et "Vart" veulent dire tous les deux "rose". L’un est en turc, l’autre est en arménien.

[2] ASALA (armée secrète arménienne de libération de l’Arménie) : groupuscule terroriste qui a frappé, dans les années 70-80, les intérêts turcs à l’étranger en assassinant notamment certains de leurs représentants

[3] En référence au putch militaire en Turquie qui met un terme à une période d’instabilité politique et aux espoirs d’alternance démocratique de la gauche turque

[4] PKK : groupe terroriste indépendantiste kurde

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commentaires

alikian 03/06/2007 18:32

Bonjour,
Je viens de découvrir ce site
http://www.ararat-center.org/