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26 janvier 2007 5 26 /01 /janvier /2007 16:29

La question de l’Histoire posée dans le cadre de l’actualité arménienne est d’autant plus prégnante que l’Histoire en elle-même n’est plus enseignée dans les écoles, ateliers et groupes culturels arméniens d’aujourd’hui. Au-delà du "folklore" et de 1915, et dans un contexte culturel pauvre, le jeune arménien n’a plus de repères clairs où asseoir son identité personnelle, s’en tenant souvent à un stéréotype de groupe censé lui indiquer ce que signifie être arménien. Dans quelle mesure l’apprentissage d’une identité s’assujettit-il dans le cadre d’un tout intemporel, d’un cheminement collectif qui se doit d’être su, et partagé ? En quoi un arménien s’empêche-t-il de tourner à vide lorsqu’il prend en compte, en toute singularité, ce qui a déjà été ? Autant de questions qui ramènent à une seule réplique : Et si les arméniens n’avaient plus d’Histoire ?

 

La culture en tant qu’incidence de l’Histoire

Et si…

Une histoire est un évènement qu’on se raconte. Une Histoire, de même, est un évènement qu’on se raconte; sauf que cet évènement a déjà eu lieu et a, par conséquence, eu une incidence sur la suite. Les peuples sont faits par l’Histoire. Ils ne tiennent même que par ça. Sinon, pourquoi la propagande, la négation, les légendes, les mythologies, et autres dérivatifs plus ou moins toxiques ou salvateurs destinés à manipuler l’Histoire ont-ils, de tous temps, été crées par les Hommes comme instruments de pouvoir sur le présent ?

Au-delà de l’Histoire, il y a la culture. Culture  : le mot est lancé. Voici donc le terme exact donné à cette "incidence" qu’a l’Histoire sur les personnes et dont les déclinaisons multiples (qu’elles soient sur le plan artistique, spirituel, intellectuel, etc.) sont les carburants d’un peuple, assurant son progrès de façon quasi irrémédiable. Car quel pouvoir est assez conséquent pour réduire à néant un peuple en pleine possession de ses moyens culturels ? Le pouvoir même d’anéantissement physique total n’est encore jamais parvenu à effacer les traces de peuples aussi menacés que les aborigènes ou les indiens d’Amérique !

En effet, s’il y a une seule chose au monde capable d’anéantir un peuple, elle ne passe pas par le corps, mais par l’esprit.

Tuez un arménien, et sa culture perdurera. Tuez sa culture, et l’arménien ne perdurera pas. Il ne mourra pas, certes ; mais il ne sera plus vivant en tant qu’arménien. Triste mais implacable constat…

 

Comment meurent les peuples…

Des langues se taisent chaque jour dans le monde, taisant les cultures qu’elles exprimaient et emportant les peuples par la même occasion, pour ne laisser qu’un individu dénué de toute identité ou, dans le meilleur des cas, perdu dans une identité majoritaire qu’il a fait sienne : ce processus est à l’origine du monde d’aujourd’hui (que certains aiment à nommer "individualiste") ; un monde d’individus qui perdent petit à petit leur dénominateur commun, leur matrice collective. « Il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde » disait avec raison Desproges.

On aurait tendance à croire que ces choses-là ne frappent que les petits peuples en manque de rejetons : mais, encore une fois, cela n’a rien à voir avec une loi "physique" !

Sont-ce les barbares qui ont tué Rome ? Le déclin de l’empire romain a suivit un mécanisme bien plus complexe et bien plus antérieur, largement étudié et disséqué, qui démontre que les invasions barbares n’étaient que l’élément déclencheur, l’ultime coup de pouce donné à un immense château de cartes déjà bien entamé par le délitement culturel (dont une des étapes les plus importantes fut la propagation d’une religion étrangère, le christianisme, au détriment du rite polythéiste qui avait jusqu’alors été un générateur central de la culture romaine).

Demain, peut-être – du moins selon certains historiens déclinologues- l’empire américain subira un schéma similaire… Qui sait ?

Reste qu’il est du devoir d’un peuple de se préserver, sa culture chevillée au corps. Ou plutôt le corps chevillé à sa culture.

Qu’est-ce qu’un peuple sans Histoire ? 

C’est un peuple sans culture.

Prenons deux exemples très proches géographiquement, et pourtant très éloigné du point de vue qui nous intéresse ici : La Turquie et l’Iran.

L’Iran est l’émanation d’un peuple détenteur d’une culture millénaire enracinée dans le pays physique et indépendante de tout « artifice » nationaliste ou religieux. Le peuple iranien a une culture séculaire qui n’a pour base ni une religion, ni l’idée de nation. Il a d’ailleurs un passé religieux panthéiste et un pays multiculturel. Il en ressort une identité originale, propre au seul peuple iranien. Qui, tout en étant un sentiment d’appartenance inaliénable, n’a pas besoin, pour survivre, de rogner les autres identités. Puisqu’il n’a besoin ni d’une adhésion territoriale, ni d’une adhésion spirituelle des autres pour subsister. D’où une tolérance aux autres qui ne sont par conséquence pas perçu comme des menaces.

Le peuple turc, lui n’a pas d’Histoire. L’empire ottoman n’a laissé que peu de place en tant que culture spécifiquement turque, vite balayée par le kémalisme, et l’Histoire turque ne se résume dorénavant plus qu’au sentiment national et à un compteur qui pointe obstinément sur 1923 : voilà l’exemple type d’un peuple moderne obligé d’anéantir tout autre peuple présent dans son espace vital, afin de permettre cette forme bâtarde de culture qu’est la sienne et qui pourrait se résumer à la notion de "sentiment national".

En gros et pour finir cette rapide comparaison, si tous les iraniens et les turcs en venaient à mourir d’un jour à l’autre, resterait-il plus de trace turque ou iranienne ? Iranienne, assurément.

La culture peut survivre à son peuple. Et la ressusciter. Car il suffirait alors ne serait-ce que d’une seule personne de bonne volonté pour que celle-ci régénère.

À nous…  

C’est pourquoi, dans le contexte de survie dans lequel nous vivons depuis 90 ans, nous nous devons de porter une attention particulière à notre Histoire, et, par extension, à notre culture, sous peine de tuer notre peuple. Car il ne suffit plus pour nous de survivre, mais de nous faire survivre. Au-delà de nous.

[publié par Haïastan déc-jan]

 

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