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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 14:46

 

Nul n’est devin en son pays. Jacques Chirac avait déclaré au premier ministre turc au cours du sommet de l’Union européenne et de l’Amérique latine/Caraïbes, que « l’Assemblée nationale est très occupée. Le projet de loi peut toujours être rejeté par un vote qui doit déterminer si vraiment il doit faire partie de l’ordre du jour. Il peut ne pas être discuté à cette session ». Il n’en fut rien. L’ordre du jour, établit la veille par la conférence des présidents (des groupes parlementaires), décida que le projet de loi pénalisant le génocide arménien serait bien discuté le 18 mai au matin. Inscrit dans la niche parlementaire PS, il fut convenu qu’il serait discuté en dernier, après deux autres projets de loi PS.

En dernier. Pourquoi en dernier... C’est ce que ne tardèrent pas à se demander certains interlocuteurs politiques arméniens. Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS, écrivit en conséquence le 17 mai dans la soirée à Jean-Louis Debré pour lui demander de remonter la proposition de loi en première position. Debré n’en fit rien, arguant de son obligation à s’en tenir aux décisions entérinées.

Le maître du jeu

Les manifestants arméniens venus de toute la France (certains s’étant levés à 3 h du matin) massés dans une petite place au cul du bâtiment de l’assemblée nationale, les plus chanceux prenant place dans les balcons de l’hémicycle, les députés venus spécialement pour voter la loi, et même les quelques turcs manifestant sur l’esplanade des invalides ; tous n’attendaient qu’une seule chose : le vote... Excepté Jean-Louis Debré, et, à travers lui, Jacques Chirac.

Debré avait tenu - chose assez singulière pour être remarquée - à présider lui-même les débats de ce matin-là, qui débutèrent comme prévu par l’examen de la loi sur le rôle du parlement. Le vilain tour qu’entendait jouer le pouvoir à la représentation nationale s’offrit pour terrain de jeu une loi dont le rôle était justement d’empêcher ce genre d’entourloupe ; or même le poids du symbole ne suffit pas à faire reculer le bras honteux du président qui, hissé sur son perchoir, surmontait la démocratie avec toute la morgue d’une fatalité à laquelle on lui avait demandé de la contraindre. L’interminable cortège des amendements UMP, le long discours, traîné par les silences, de Clément, un ministre pourtant connu pour son élocution rapide ; et, surtout, la passivité coupable d’un Debré habituellement si prompt à chronométrer les temps de parole avec une parcimonie rare, entendaient repousser la loi négationniste dans les retranchements de la règle absurde des niches parlementaires, qui sont périssables hors du temps imparti à leur examen. A 13 heures 30, normalement, la séance serait close. Et les propositions non discutées expireraient comme de vulgaires yoghourts : à croire qu’après une certaine heure, toute loi proposée n’a plus vocation à en être une.

La guerre des lois n’aura pas lieu

La litanie des intervenants finit par exaspérer certains députés. Les arméniens assis dans les balcons savaient la course contre la montre commencée. Et pour eux, impuissants observateurs astreints au silence, et pour Debré et ses puissants commanditaires, qui avaient pour l’instant le dessus, se jouant d’une loi pour en couler une autre. Quelques députés PS montrèrent bruyamment leur impatience. Rochebloine (député UDF président du groupe parlementaire France-Arménie), aussitôt rappelé à l’ordre par Debré, prit la parole pour accuser Clément d’avoir sciemment fait durer son intervention. Debré - qui, jusqu’à présent, était resté à peu près muet - menaça puis suspendit la séance, ajoutant un peu plus à la confusion générale, et parvenant par la même occasion à arracher quelques précieuses minutes à la loi.

Après avoir discuté en aparté avec Jean-Marc Ayrault sur la stratégie à adopter, ce dernier étant d’avis qu’on reporte la loi sur le négationnisme faute de temps nécessaire pour en débattre, il fut convenu à 11h55 que les députés tenteraient de boucler les discussions en ¼ d’heure, Paul Quilès refusant de reporter son projet de loi. 12h10, alors que la loi constitutionnelle était prestement adoptée sous la pression des députés, qui, pour la plupart, n’hésitèrent pas à renoncer à leur temps de parole, le ministre des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy entra dans l’hémicycle, signe que le débat aurait bien lieu.

Enfin, à 12h15, Debré annonça l’examen de la proposition de loi de Didier Migaud visant à sanctionner le négation du génocide arménien.

Sur sa faim

A partir de là, le climat changea du tout au tout. Dans les balcons, le député turc du parti au pouvoir, Turhan Çömez [cf. photo], se pencha un peu plus vers son traducteur dont les lèvres tremblaient de plus en plus vite, rapportant chacun des mots du génocide dans les oreilles du sourd. Les arméniens ne bougeaient plus, leur agitation muette ayant laissé place à une attention vigilante...

Et ce qui se produisit déborda les pronostics les plus pessimistes de Debré. La quasi-totalité des députés présents étaient favorables à la loi. Hollande, désormais sûr de son coup, fit son apparition et rejoignit ses rangs. Hervé Morin, président du groupe UDF, fit de même. Devedjian se paya même le luxe d’interpeler le ministre des affaires étrangères - « un génocide ! »- lorsque celui-ci emprunta la fameuse formule officielle turque « les évènements tragiques ». Le ministre, ayant à cœur de démontrer la loyauté du gouvernement à ses amis turcs, se fendit d’un discours presque sans équivalent dans les annales diplomatiques du Quai d’Orsay, n’utilisant qu’une seule fois le mot génocide, lui préférant ses "synonymes" et renvoyant l’Histoire universelle à une histoire arméno-turque, minimisant ainsi un « évènement effroyable », un accident de parcours banal, puisque « chaque nation a eu des zones d’ombres »... De la diplomatie à vif. Des mots qui travaillèrent au corps la mémoire des arméniens présents dans la tribune. Et ces autres mots, assumés ouvertement, et mis crânement face à l’Histoire : « relation », « partenariat », « intérêts de la France », « taux de croissance de la Turquie » !!!!!

Mais plus rien ne peut arrêter le temps lorsqu’il entreprend de revenir sur ces pas.

Pas même monsieur Debré. Les discussions tendaient à s’achever. Plus que quelques interventions, et on passait au vote. Ce qui se produisit alors pris tout le monde de court. Un coup de cloche. Une phrase, laconique et rapide, indiquant que le débat était reporté. Et Debré disparut le plus vite possible, comme poursuivit par des millions de fantômes éveillés. Le député turc fit de même. Plus discrètement. Délaissant l’hémicycle, indignes.

La suite dépassa l’entendement des employés de l’assemblée qui, chargés d’évacuer les balcons, contemplèrent le spectacle ahurissant d’une centaine d’arméniens, debout, criant « Le vote ! Le vote ! » et chantant la Marseillaise. Rendant à l’hémicycle la dignité dont elle était privée sous les applaudissements et les encouragements des députés qui contemplaient la scène.

Debré était parti manger, ou bien faire visiter l’hémicycle aux “Amis du président”, une brochette de vieilles personnes venues de sa circonscription pour le voir, et qui nous avaient déjà grillé la politesse à l’entrée du bâtiment. Nous laissant sur notre faim.

Jusqu’à novembre prochain...

[publié dans CHEKHTA n°17 du 15 au 20 mai 2006]

                              crédit photo: www.yevrobatsi.org

Compte rendu : Débat avorté sur la proposition de loi contre la négation

Haute tension à l'Assemblée nationale, jeudi 18 mai. Place Edouard-Herriot, plusieurs centaines de manifestants, arborant drapeaux français et européens parés des couleurs arméniennes (rouge bleu orange), réclament le vote de la proposition de loi visant à sanctionner la négation du génocide arménien en discussion le matin. A quelques centaines de mètres, sur l'esplanade des Invalides, environ cent cinquante représentants de la communauté turque dénoncent "une loi liberticide". Là aussi, le croissant et l'étoile sur fond rouge se font discrets derrière les drapeaux tricolores et bleu étoilé.

Dans l'Hémicycle, l'ambiance n'est pas moins électrique. Les tribunes du public sont exceptionnellement remplies pour un jeudi matin : deux cents personnes, pour la plupart membres de la communauté arménienne et ayant bénéficié d'une invitation des députés favorables à l'adoption de la proposition de loi.

Sous la présidence de Jean-Louis Debré, la discussion, commencée à 9 h 30, d'une autre proposition de loi du PS visant à élargir les pouvoirs du Parlement traîne en longueur.

L'énervement gagne tous les rangs. "Ça suffit, s'écrie Martine David (PS, Rhône). C'est scandaleux ! Nous voulons parler du génocide arménien..." "Vous vous livrez à une manipulation de l'ordre du jour", s'emporte Jean-Yves Le Bouillonnec (PS, Val-de-Marne).

Le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault, dans un rappel au règlement, déplore "un débat tronqué" et suggère, dans ces conditions, le retrait du texte. "C'est du sabotage", crie une spectatrice, prestement évacuée par les appariteurs de l'Assemblée. Après une nouvelle suspension de séance, un accord intervient entre les groupes et la présidence pour achever rapidement l'examen de la proposition sur les pouvoirs du Parlement.

"LE VOTE ! LE VOTE !"

Il est 12 h 15 lorsque la discussion s'engage. Le rapporteur, Christophe Masse (PS, Bouches-du-Rhône), défendant la sanction du négationnisme, estime qu'elle "peut être un instrument pour combattre la tentation du communautarisme". "En adoptant cette proposition, conclut-il, l'Assemblée contribuera à atténuer une concurrence malsaine entre les victimes de génocide qu'entretient leur inégalité au regard de la loi."

Le ministre des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, exprime sa "sympathie à l'adresse de nos compatriotes d'origine arménienne marqués par le souvenir des massacres commis en 1915". "Le génocide, Monsieur le ministre", l'interrompt Patrick Devedjian (UMP, Hauts-de-Seine). "Nous ne pouvons accepter cette proposition de loi", annonce néanmoins M. Douste-Blazy, estimant qu'elle serait considérée comme "un geste inamical" par la Turquie et risquerait d'"affaiblir notre influence dans la région, où de nombreux groupes français sont installés". Du côté de l'UMP, sur la quarantaine de présents, les trois quarts sont pourtant décidés à voter la proposition du PS.

 

 

 

 

Six orateurs à peine ont pu s'inscrire dans le débat lorsque, à 13 h 05, M. Debré lève la séance. Le président de l'Assemblée, tenu par des engagements extérieurs, quitte précipitamment l'Hémicycle. Il est pris à partie par M. Devedjian : "Tu m'as empêché de parler, je m'en souviendrai..." Dans les tribunes, la colère explose : "Le vote ! Le vote !", scande le public, qui dénonce "un déni de démocratie" et refuse d'évacuer les lieux.

Le PS s'est engagé à inscrire de nouveau ce texte dans sa prochaine "niche" parlementaire, en novembre.

 

 

Article paru dans Le Monde paru le 20 mai 2006, sur www.lemonde.fr

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commentaires

Louise Kiffer 22/08/2006 22:25

J'ai été tellement indignée ce jour-là que j'ai décidé de publier chaque jour à partir du 18 mai un témoignage du génocide arménien. Et comme je mets comme titre "Un témoignage par jour" les lecteurs parfois des Turcs, ou d'autres nationalités, se feront une idée de ce qui s'est passé réellement. Car tous ces récits se ressemblent; on voit bien que c'est une action concertée et bien planifiée.
 
 

yevrobatis 15/08/2006 00:38

Il me semble tout à fait normal que ce soit fait mention : crédits-photos : www.yevrobatsi.org. C\\\'est tout ce qui était demandé.Bonne continuation, n\\\'est pas une formule de politesse mais bien un encouragement.

Dartag 14/08/2006 11:36

Encore une fois, moi qui ai travaillé dans le passé avec vous, je regrette vraiment votre manière de faire. Ceci n'est pas un site. Je me demande si vous avez demandé aux gens photographiés s'ils acceptaient d'apparaître sur yevro, s'il avaient un droit à l'image, sachant de plus que les photos dans l'assemblée sont interdites, et vous osez vous en faire la propriété exclusive...
La Cause arménienne n'a pas de propriété digne de ce nom. Elle n'est à personne. Vous tendez un peu trop à l'oublier, vous retranchant dans vos petits coins comme le font ces autres assocs que vous haïssez tant.
Je me demande si le CDCA m'aurait demandé d'enlever ses photos. Elle m'aurait sûrement dit: puissent-elles être vues par le plus grand nombre, utilise-les!
Moi qui était camarade de Yevro, je suis forcé de constater que votre conduite ne va pas dans le sens de l'essaimement de notre sensibilisation, mais dans autre chose, que je ne veut pas avoir à nommer.
Je reste malgré tout votre ami, et vous pourrez encore compter sur moi pour longtemps tant que votre travail sera un tant soi peu utile. Mais je ne serais pas de yevro, car, comme je vous l'ai dit avant de ne plus vous envoyer d'autres articles, vos manières de faires me heurtent, s'apparentant plus à une entreprise d'estime exclusif qu'à un besion de sensibilisation désinteressée et toute entière tournée vers tous les autres.

yevrobatsi 14/08/2006 10:23

Bonjour,
Nous venons de découvrir votre site et avons été très surpris d'y retrouver des photos que yevrobatsi avait mis en photo-reportages sur son site et qui sont sa propriété. En plus d'un copyright général, un copyright particulier a été mentionné sur ces reportages.
Si nous sommes étonnés que vous ne nous ayez pas contacté pour avoir l'autorisation de reproduction et qui plus est, vous ne mentionnez nulle part le crédit photo  : www.yevrobatsi.org.
Nous sommes persuadés que vous allez remédié à tout cela.
Bonne continuation.